Noël et Nouvel-An au début du XXe siècle

Ambiances de fêtes

A travers un récit confié aux Archives de la vie ordinaire par une nièce de l'auteur, nous vous proposons de découvrir l'ambiance des fêtes de famille et plus particulièrement de celles de Noël et de Nouvel-An, dont Daniel-Albert Chable, émigré en Australie en 1924, se rappelle au moment d'écrire Mes souvenirs d'enfance.

Noël

Les cadeaux

Extraits:

La vie aisée que nous avions alors se remarquait aussi à Noël avec les cadeaux que nous recevions. A mesure que nous devenions grands, les cadeaux devenaient plus riches. Pour Rose-Marie, c’étaient des grandes poupées, c’était une maison de poupée complète et aussi une épicerie (grocery shop) complète. Pour moi, c’était des armées de soldats de plomb puis une forteresse avec canons et soldats, tours et fossés, ponts-levis, etc, etc. Puis des locomotives à vapeur avec des wagons et un grand système de rails, gare, pont, tunnel, etc, etc. Puis un moteur à vapeur actionnant une pompe, une scie, un marteau pilon, etc, etc. Inutile de dire que nous recevions aussi de beaux livres reliés. Le sapin de Noël était haut jusqu’au plafond et couvert de décorations et de bougies. Il y avait alors dans le salon une atmosphère chaude et dorée, un parfum de sapin brûlé, d’orange et d’épices. La vraie odeur de Noël tandis que dehors, tout était froid et couvert de neige épaisse.

Un milieu aisé

Daniel-Albert Chable (1901-1985), fils et petit-fils de pharmaciens de Colombier, a émigré en Australie en 1924 où il est devenu propriétaire d’un immense domaine agricole. Il n’est jamais revenu en Suisse mais a toujours entretenu une correpondance épistolaire avec ses camarades d’étude notamment. Sa mère ne l’a revu qu’en 1948, lors d’un séjour qu’elle a fait en Australie. Vers la fin de sa vie, D.-A. Chable a souhaité laisser quelques souvenirs de ses années d’enfance à ses deux fils adoptifs nés en Australie et qui ne connaissaient rien de la Suisse. Ses souvenirs portent essentiellement sur la maison familiale, pharmacie et habitation, décrite pièces par pièces et croquis à l’appui avec beaucoup de soin ainsi que sur les activités (vacances, repas, fêtes…) d’une famille bourgeoise aisée de Colombier, avant le décès du père survenu brutalement en 1912. Son récit couvre la période allant de 1905 à 1915.De temps à autres, l’auteur traduit certains termes en anglais ou écrit même directement en anglais. Les lettres renvoient aux croquis destinés à parcourir la maison.

Extrait: Etage B: (a) chambre à manger avec porte sur le salon (b), sur la cuisine (f) et sur la terrasse (T). C’était la chambre de famille où nous nous amusions, où maman nous racontait des histoires. Il y avait une grande table au milieu, au-dessus de laquelle pendant une lampe à pétrole (kero) qu’on pouvait monter ou descendre, suspendue au plafond. Je me souviens d’une après-midi d’hiver. Nous étions assis au pied de maman qui nous racontait une histoire… quand, tout à coup, la porte de la cuisine s’ouvre et deux immenses hommes en salopette bleue (overall) entrent dans la chambre à manger en disant à maman : « On vient pour l’électricité ! ». C’était à peu près en 1906.

Nouvel An

Les repas

C’est dans la chambre à manger que nous avions les dîners de famille. A Nouvel-An, nous avions un grand dîner, à tour de rôle chez nous puis chez oncle Henri puis chez oncle Félix. C’étaient des festins qui duraient de midi à six heures du soir. Le repas était cuit par le cuisinier-propriétaire de l’Hôtel de la Couronne, en partie à la pharmacie, en partie dans les grands fourneaux (stove) de l’hôtel. La table était alors allongée pour recevoir tous les adultes, oncles et tantes. Il y avait une petite table pour les enfants. La table était couverte par une grande nappe de damas (damask) blanche comme neige. A la place de chaque convive (guest), il y avait des services en argent et des verres de cristal : 4 verres pour chaque personne, 1 flûte pour le champagne, 1 grand verre à pied pour le vin blanc, 1 verre à pied moyen pour le vin rouge, 1 petit verre à pied pour les liqueurs. Le dîner commençait par une entrée, hors d’œuvres variés, suivie par un saumon (salmon) présenté sur un plat spécial de trois pieds de longeur. Le poisson était entouré de feuilles de persil et tenait dans sa bouche une tranche de citron. Les plats de résistance étaient une dinde (turky) farcie (stuffed) et un énorme jambon (ham) avec légumes et salades. Puis, le maître cuisinier de l’hôtel entrait avec son bonnet de cuisinier-chef et portait sur un plat d’argent une glace montée (ice cream) représentant en grandeur naturelle les deux colombes (doves) de Colombier, bec à bec et debout sur un nid de glace au chocolat avec des feuilles vertes d’angélique confise (candied angelica). The whole assembly was then acclaming the master cook et oncle Henri, déjà happy avec plusieurs verres de vin, disait au cuisinier : « Ah, Jacot… viens boire à notre santé ! » Après, fromages, fruits, café et liqueurs et cigares havanais. Les convives (guests) restaient à table jusqu’à 6h du soir (le dîner avait commencé à midi) puis nous quittaient (very locacious). Heureusement, il n’y avait pas d’automobiles à cette époque-là !!!

Photo: Fonds Marc Piaget: La salle à manger de la villa La Mendocita, famille Tissot, 1906.

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