1918 : une année ordinaire ?
L’année 1918 à La Chaux-de-Fonds à travers le journal du graveur-doreur chaux-de-fonnier Louis Turban
Originaire de Saint-Imier, Louis Achille Turban est né le 19 octobre 1874 à La Chaux-de-Fonds. Il y décède le 6 juillet 1951. Doreur et graveur, Louis Turban travaille à domicile. C’est un horloger sans histoires, qui épouse Jeanne Beaubertier en 1900. Celle-ci est coiffeuse à domicile jusque vers 1919. Le couple n’aura pas d’enfants.
Le journal intitulé 1911 – Souvenirs, qu’il tient de 1911 (mais qui commence en fait le 1er septembre 1912) au 24 janvier 1951, compte 473 pages manuscrites.
Ce protestant irrégulièrement pratiquant se livre très peu : il s’agit d’un livre de raison, d’un carnet de notes personnelles, plus que d’un journal intime : Louis Turban prend acte des événements sans faire part (ou si peu) de ses sentiments et sans se soucier du caractère répétitif de ses annotations. Sans doute écrit-il d’abord pour se souvenir des bons moments de son quotidien. A part les remarques sur le temps qu’il fait et sur ses repas, il met surtout l’accent sur ses loisirs : balades en ville, promenades dans la nature environnante, parties de dominos ou de cartes chez des amis ou au café (il joue régulièrement au jass, devenu très populaire en Suisse au cours du XIXe siècle). Louis Turban aime aussi aller au cinéma et fréquenter les expositions. Il ne manque pas de mentionner le nom de celles et ceux qu’il fréquente : famille et amis, relations de voisinage et de travail, connaissances diverses, rencontres occasionnelles.
Très autocentré, ce journal fait rarement allusion aux événements, et si c’est le cas sans jamais développer son propos. Ainsi Louis Turban ne dit rien de l’évolution du conflit armé au cours de l’année 1918. Il mentionne seulement l’armistice et la grève générale – nous révélant à cette occasion qu’il ne porte pas les socialistes dans son cœur… L’épidémie de grippe espagnole n’est abordée qu’à travers la maladie de son épouse Jeanne, atteinte par une souche de ce virus qui l’épargnera. La santé est d’ailleurs un thème récurrent de ce journal : Louis Turban détaille ses moindres affections, comme un petit rhume contracté en février 1918 ou une angine dont il souffre dans la dernière semaine du mois de mars de cette même année. En revanche, Louis Turban ne dit pas grand-chose de son travail, sinon pour signaler qu’il en a beaucoup ou moins que d’habitude.
Un journal qui donne bien la mesure de l’ordinaire d’une vie…
Pour en savoir plus, voir : JORNOD (Joël), Louis Turban, horloger de La Chaux-de-Fonds et son monde. Fragments de vies minuscules, Neuchâtel, Editions Alphil, 2011.
Pour cette transcription, l’orthographe a été corrigée quand c’était nécessaire.
Image : Appel du Conseil communal de La Chaux-de-Fonds (à majorité socialiste), au moment du déclenchement de la grève générale de 1918 (Source : Cospol.ch)
Janvier 1918 : « On va à Renan pour faire visite… »
Image : Renan en 1928 (Source : notrehistoire.ch)
Nouvel-An 1er janvier 1918 Mardi
On se lève à 11 heures. On va dîner chez Scheidegger on est invité Mme Berthoud de St-Aubin et sa fille sont là. On dîne soupe choucroute jambon lapin pommes de terre. Après on joue aux dominos. Le soir les dames vont au Cinéma (allo) (c’est pas tant beau.) On a aussi soupé chez Scheidegger et on rentre à minuit.
2 janvier
On dîne à la maison et après dîner on va chez Girard, on joue et on soupe là Mercier est aussi là. On rentre à 11 ½ ;
3 janvier (Jeudi)
On va à Renan pour faire visite à Fritz, mais il n’est pas là. On court reprendre le train à Sonvilier avec Aline qui est venue à pied depuis Renan à Sonvilier avec nous. On reprend le train à Sonvilier. Aline aussi est au revient direct à Chaux-de-Fonds. Je chauffe en arrivant Jeanne et Aline sont chez le dentiste pour Aline) et on fait le souper. Anna vient après souper, elle est en journée chez Mr Voumard elles reprennent le train de 8 ½.
Vendredi 4 janvier
Je recommence de travailler
Samedi 5 janvier ;
Après-midi je vais aux commandes le soir on a invité chez Scheidegger à venir manger la soupe à 10 heures. On a cuit le jambon. Ils viennent après souper et on joue aux dominos après on mange la soupe fini à 1 ½ heure du matin.
Dimanche 6 janvier
Matin lever tard on avait chez Scheidegger à la veillée. On a chez Gérard à dîner. Ils viennent à l’heure et on dîne et on va faire un tour par le couvent et on revient par la place d’armes. Il fait beau un peu moins froid. Le soir on soupe ensemble chez nous et on joue. Coucher à 11 ½ h.
[Lundi 7 janvier]
Lundi matin la pluie se met de la partie le temps s’est radouci mais il fait du vent
Vendredi soir à 11 heures – 4 janvier – dans la maison Mort de Mr Alcide Huguenin – 78 ans –
Dimanche 13 janvier
Mauvais temps froid. On va chez les 2 Jeanne à l’exposition de peinture à la poste ([mot illisible] des peintres belges). On rentre et le soir on va jouer chez Scheidegger au domino.
Ces temps on va au cours de peinture le jeudi après-midi de 2 à 5 heures pour remplacer le dim[anche] matin.
Samedi 18 [en fait 19] [janvier]
Je vais aux commissions.
(Dimanche 20 janvier)
Beau temps mais très mauvais chemins boueux. ça fond. ces jours et a plu.
L’après-midi on va les 2 Jeanne voir l’expo de peinture au Salon des arts (vers le Sapin) après fait un tour des Crêtets. Rencontre Scheidegger et fait un tour de Podium* ; on va boire un verre au Mitella [?] et on vient souper. Le soir on va jouer chez Scheidegger.
Dimanche 27 janvier
Très beau temps, la neige a fondu on va à Renan avec Anna et Aline on va chez Fritz avec les 4 heures. on revient au train de huit heures depuis Renan on a fait la course à pied aller et retour le soir chez Scheidegger
* « Tour de Podium » : balade le long de l’artère principale de La Chaux-de-Fonds, la rue Léopold-Robert (aujourd'hui avenue), appelée familièrement « le Pod ».
Février 1918 : « Le temps est au beau, mais de très vilains chemins… »
Image : Le cinéma Scala, où les Turban se rendent le 16 février, a été construit en 1916 sur les plans de Charles-Edouard Jeanneret, futur Le Corbusier (Source : Fondation Le Corbusier, tous droits réservés).
Dimanche 3 février
On va au Bâtiment avec chez Scheidegger et Berthoud et la Lucie. On va au Bichon en allant. Temps splendide et doux on vient au bâtiment prendre des 4 heures d’importance, on était tous fins ronds. Scheidegger a disparu en avant. on revient à minuit
Samedi au ciné Palace
Dimanche 10 février
On va chez le petit Vuille aux Joux derrière avec Berthoud. Scheidegger est allé à Cerlier : on prend les 4 heures [mot illisible] et on vient encore à 6 ½ h manger encore du poisson [?] à Berthoud qu’il a reçu
Samedi 16 janvier [en fait 16 février]
On a travaillé dur ces temps. Fini la semaine à 9 heures Vuillemin vient me voir en passant Berthoud et Mme Bosset. Le soir on va au ciné Scala (pas beau). La neige a fondu et il fait beau, mais froide bise ces jours
Dimanche 17 février
Tous ces dimanches matin, je peins à la maison de 9h. à midi. L’après-midi on va avec Berthoud et Lucie aux Endroits (pas bon vin) et de là chez Loertscher au Crêt-du-Locle à travers les prés On prend les 4 heures là et on revient à pied. Il fait froid de la bise mais pas de neige.
Dimanche 24 février :
J’ai chaussé un petit rhume qui me voile la voix. Le temps est au beau mais de très vilains chemins. On ne sort que pour aller à l’exposition de Mme Brossin de Polenza à la poste. Je suis un peu enrhumé et l’on rentre. Berhoud et la Lucie sont allés chez le petit Vuille aux Joux derrière. Le soir on va jouer chez Scheidegger Ces temps je vais à la peinture le mercredi matin de 9 h. à midi. Beaucoup d’ouvrage ces temps.
Mars 1918 : une angine qui va vite passer…
Image : La Chaux-de-Fonds (Rue Léopold-Robert) en hiver au début du XXe siècle (Source : chaux-de-fonds.ch).
1 Mars
La veille il a beaucoup neigé et il fait froid. On ne sort pas, je peins à l’atelier.
1 Mars, matin on (a) chauffé et on prépare le dîner. Il neige et les chemins sont à peine faits dehors. Le matin je peins à l’atelier et on dîne bien. Bon rôti de bœuf. L’après-midi vu le mauvais temps (il neigeotte), on ne sort pas tout de suite. Berthoud vient voir ce qu’on fait et nous dit de venir jour, on va à 4 ½ h chez Scheidegger jouer aux dominos jusqu’à 7 ½ h on vient souper. et après on va coucher de bonne heure. (on n’a rien vu du 1er Mars) le 1er Mars était un vendredi.
Dimanche 5 mars
Matin peint) il fait beau temps) on sort tard à 4 heures. on va voir chez Scheidegger, ils ne sont pas sortis Berthoud non plus) On va les 2 faire un tour de podium. et on va au petit cercle. Je joue aux cartes et le soir on va chez Scheidegger jouer aux dominos. après avoir soupé chez nous
Samedi 9 mars
Fini à 3 heures. Je vais aux commissions chez Haller pour les boîtes étant [?] à Berteux qu’il a fichues en l’air. Je vais chez Paul Tellabert [?] et Droz p[ou]r ça. Le soir on va au petit cercle jouer aux cartes. Beau temps.
Dimanche 10 mars
Beau temps, mais il y a de très mauvais chemins. La neige fond et ça coule sur les chemins. Le matin je peins à l’atelier et l’après-midi on sort les 2 – Berthoud est venu voir à midi si on allait aux environs. Mais on lui dit que nous allons au Temple communal au concert donné par les Armes réunies – Veuve pianiste de Neuchâtel et Mlle Schlee cantatrice ; on sort après-midi à 2 ½ h et on se balade on rencontre Scheidegger qui nous accompagne jusque devant l’église à 4 h. on va au concert. Le soir chez Scheidegger viennent chez nous, les hommes on fait un Schaffhouse* 11 heures coucher
Lundi et mardi 11 et 12 [mars]
Je me trouve arrêté. Je n’ai rien à faire cela ne m’est arrivé de longtemps. presque toujours le lundi il faut beaucoup travailler
Dimanche 17 mars
On va avec Scheidegger Berthoud Girard et nous deux au Valanvron chez Barben. on prend les 4 heures, et il fait une belle journée mais des mauvais chemins aux environs. Retour à 6 heures on soupe chez nous et on va jouer aux cartes chez Scheidegger
Samedi 23 [mars]
Angine. Dans la nuit de vendredi à samedi à 3 h du matin je commence d’avoir les frissons de la fièvre et suivis de transpiration. Samedi matin je prends une bonne cuillerée d’élixir antiglaireux [?]. Mais je suis mal. On demande le docteur Monnier qui vient à 4 heures – ordonnance – le lit. Toutes les 2 heures gargarisme aux camomilles et après avec la bout[eille] de la pharmacie aussi gargariser et avaler. Faire des compresses à l’alcool toutes les 2 heures sur les glandes de chaque côté
Dimanche 24 au lit. angine
Dimanche 24 [mars]
Au lit Angine. Je me lève le lundi pour travailler ça va un peu mieux Mon angine ne me durera pas longtemps grâce au traitement énergique fait tout de suite Le docteur Monnier vient le samedi soit dès [?] le lendemain. Je reste couché le samedi après-midi et le dimanche Je ne sors pas toute la semaine et reste au chaud
(gargarisme pour angine) Dr Monnier) gargariser avec des camomilles et y mettre une pointe de couteau d’acide borique en poudre – 2 fois par jour et faire des compresses avec de l’alcool tout le long des glandes [mot illisible], au bout de un ou 2 jours frictionner avec [deux mots illisibles]
Vendredi Saint 29 mars
Il a neigé, et il pleuvote et fait vilain on ne sort pas toute la journée, je reste encore au chaud de convalescence
Dimanche Pâques 31 mars
On s’habille l’après dîner et on va chercher Scheidegger p[ou]r faire un petit tour mais il fait froid on fait un tour de grande rue, et on va au petit cercle jouer aux cartes jusqu’à 7 heures. Le soir on va chez Girard. Jouer au nain jaune. Berthoud et la Lucie sont déjà partis vendredi matin Vendredi saint p[ou]r St-Aubin ils y restent jusqu’à lundi soir
* Le « Schaffhouse » ou « Roi » est une variante du jass (ou « chibre ») qui se joue à trois : deux partenaires s’associent et doivent atteindre 1000 points, alors que le troisième (le « roi »), qui joue seul, doit seulement dépasser la barre des 350 points.
Avril 1918 : « Beaucoup de travail tous ces temps »
Image : Le quartier de l’Usine à gaz de La Chaux-de-Fonds où les Turban vont se promener le dimanche après-midi 7 avril (Source : lachaux-de-fonds.overblog.com).
Lundi de Pâques 1er avril
Le matin je fais un chevalet pour scier le bois et on s’habille après dîner et on va avec Scheidegger au Bâtiment boire une chopine. On va un peu plus loin faire un tour après. et on revient chez nous. Scheidegger et on va à la gare attendre B.[Berthoud] et Lucie 10 heures et on va chez eux jusqu’à minuit.
Samedi 6 avril
Je sors aux commissions à 3 heures. Je trouve Haller vers le châtaignier : on mange du chocolat il vient avec moi chez Liniger et on va à la gare voir les petits Genevois qui viennent jouer au théâtre reçus par la musique des cadets. Le soir, petit tour et on rentre.
Dimanche 7 avril
Vilain temps. Brumeux et pluvieux. Matin peinture et scie du bois de 11 ½ à 12 ½. L’après-midi, on sort quand même il fait vilain, on va à la poste voir l’expo. se tient [?] sur la tuberculose organisée par les médecins de la ville après on fait un tour pour se dégourdir par la gare de l’Est, usine à gaz et Bel Air on revient à la g[ran]de rue et on monte à la maison souper, Le soir la Lucie vient nous chercher, et on va jouer aux dominos p[ou]r la caisse. Rentrons à 11 heures
Beaucoup de travail tous ces temps. Boîtes à plaquer.
Dimanche 14 avril
Matin peins à la maison. Après-midi on va avec Sch. Berhoud Lucie à la Balance. Il fait beau un peu brumeux on ramasse des olives* le long de la Balance. Il fait 2 coups de tonnerre et il pleut à Chaux-de-Fonds. Mais pas de notre côté. On prend les 4 heures. On rencontre chez Vogel. Mais ils ne viennent pas avec nous, ils ramassent des olives. On rentre à 7 heures et le soir on va jouer chez Scheidegger aux dominos.
Dimanche 21 avril
Il a neigé déjà le samedi le dimanche c’est tout blanc. On ne sort pas. Le matin peins et après-midi on travaille des boîtes pressantes. Il neige et on ne sort pas.
Dimanche 28 avril
On sort les 2 seuls à 2 ½ après-midi on va à matin [mot illisible] à la maison. / l’expo au collège (Expos des élèves) et on va faire un tour vers le carrousel à l’usine à gaz et on revient à la maison. Le soir on va chez Scheidegger jouer aux dominos.
* Les olives dont il est question ici sont des primevères à courtes tiges et à fleurs jaunes.
Fin de printemps
Image : couverture du journal de Louis Turban (AVO).
Louis Turban poursuit la rédaction de son journal de l’année 1918, à lire pour les mois de mai et juin sur le manuscrit original…
Juin-juillet 1918
Image : La Grande Fontaine et l'Hôtel de la Fleur-de-Lys en 1916 (Source : swissbib.ch)
Louis Turban poursuit la rédaction de son journal de l’année 1918, à lire entre mai et septembre sur le manuscrit original…
C’est l’automne : on travaille, on sort, on visite des expositions, on joue aux cartes…
Image : Auberge de la Joux-Derrière où les Turban se rendent le dimanche 6 octobre (Source : swissbib.ch).
Vendredi 4 octobre
J’achète un œillet pour la fête à Jeanne (Plantes) Enguerrand s’en va au train de 1 h. 50 après matin pour Genève il a été juste 1 mois chez nous.
Samedi 5 octobre
Brumeux. Soleil après-midi mais cru. Je travaille jusqu’à 3 ½. Soir souper chez Berthoud (souper de noces invités avec M. Mme Kocher et la fille Stucki.- Un peu ivres rentrons coucher à 2 ½ matin.
Dimanche matin 6 octobre
Je reste couché jusqu’à 1 ½ h. J’ai le rhume de poitrine. J’ai [mot illisible]. On sort à 5 heures reprendre Berthoud et Scheidegger chez Berthoud. Et on va aux Joux-Derrière chez Vuille. Rentrons à 6 ½ h.
Samedi 12 octobre
Matin travaille. Après-midi tour de ville et fait un temps couvert.
Tout le mois d’octobre n’est pas beau.
Matin du 8 octobre. Les environs sont blancs il a neigé.
Dimanche 13 octobre
On avait projeté d’aller aux bolets ce matin à 7 ½ aux Hauts-Geneveys. On a [mot illisible] la veille mais le matin il pleut ; et on ne sort pas je nettoie l’atelier et range à la maison. Pas sorti
Samedi 19 octobre
Ma fête (44 ans). Jeanne commande un gros biscuit. Matin travaille. Après-midi aux commissions et allé voir l’exposition d’affiches [mot illisible] Hôtel de Paris et aussi Expos Fontbonne – Temps couvert.) Le soir chez Berthoud.
Dimanche 20 octobre
(Temps couvert) Matin. Vernis des châssis – et rangé. Fait des cercles à Carnal. Après-midi on sort faire un tour. On va voir ces expos [mot illisible] à l’Hôtel de Paris On boit un amer grapefruit avec Morel et [mot illisible] Le soir on a Berthoud et Scheidegger à la veillée joue au jass
Vendredi 25 octobre
Téléphone posé. Je téléphone à Haller. 1ère communication.
Samedi 26 octobre
Je fais un tour l’après-midi en ville. Soir au ciné pour la dernière fois parce qu’ils ferment à cause de la grippe.
Dimanche 27 octobre
On part les 2 au train de 1 h 50 après-midi pour la Jonchère. Chez Frantz qui nous avait invités. On devait aller le matin mais il a plu la nuit. On va aux champignons, [mot illisible] et on soupe chez Frantz on remonte à 9 h. avec la mère Dubois [nom de famille illisible].
Lundi 28 octobre
Il fait grand beau. On part avec Scheidegger et Warmbrot l’après-midi à 1.50 h. pour retrouver des champignons aux Hauts-Geneveys. Scheidegger et Warmbrot. On revient à 6 ½ h. On soupe les 2 chez nous avec les champignons.
Novembre 1918 : grève générale et armistice
Image : Les adversaires de la grève générale (comme l’est Louis Turban) se regroupent au sein de l’Union Helvétique et se rendent en cortège à la Place de l’Hôtel-de-Ville, 14 novembre 1918 (Source : Musée d’histoire de La Chaux-de-Fonds. Image reproduite dans Zosso (F.) et Marsico (G. E.), (2004), Les Bâtisseurs dans la tourmente, Le Locle : Editions G d’Encre, p. 232)
Samedi 2 novembre
Un peu de repos. Après-midi je vais faire des courses chez les clients. Il fait beau temps mais couvert. Le soir on ne sort pas. On a eu la choucroute à la maison.
Dimanche 3 novembre 1918
Matin je fais de l’aquarelle et Anne et Aline viennent sans avertir au train de 11 heures ½. On dine et on va aux Joux-Derrière chez Vuille. Retour par la grande rue à 6 heures. On fait le souper et on va les accompagner à la gare à 8 h. On rencontre Mr. Hofer et Ducommun et leurs femmes. On va au Sapin faire un billard. Jeanne est enrhumée. Rentrons à 10 heures.
Mort de la fille Chollet de la grippe ce 3 novembre. Incinérée le 4 novembre.
Samedi 9 novembre
Pluie par moments. Temps couvert. Grève générale. Pas de force. Pas de lumière jusqu’à 6 heures du soir. Matin je vais aux commissions et voir la petite exposition à Jos. : à Minerva (Entrée libre). Après-midi je revais faire un tour. voir par le village. Il pleut. Jeanne ne sort pas. Fait de l’aquarelle en rentrant et le soir.
Dimanche 10 novembre
Le temps est couvert et doux. On part le matin à 9h12 pour Renan on était invités à dîner on va chez Fritz l’après-midi. Matin fait une aquarelle dans la chambre à Renan. Le soir chez Mme Maurer et on rentre à 11 heures.
Grève générale. Armistice de la guerre le 11 novembre.
Ça recommence le mardi à minuit plus de force pour travailler.
Les jours on va dehors voir les cortèges et rassemblements.
Lundi 11 novembre
Signature de l’armistice.
Les socios et Allemands en Suisse profitent de leur mécontentement pour faire du désordre parce qu’ils tiennent pour les Allemands. Cochons, va.
Jeudi 14 novembre
Grand cortège à 2 heures après-midi de l’Union helvétique. On y va les 2 Mr. Berthoud et moi grand discours sur l’emplacement des cibles. Orateurs sur la place de l’Hôtel-de-Ville (Muller) sur l’emplacement des cibles – Pasteur Pingeon-Courvoisier fils. Pasteur Mool-Challandes. Retour du cortège à 4 ½ h. sur la Fontaine. On rentre les 2 chez nous boire un verre – le soir coucher de bonne heure.
Vendredi [15 novembre]
On recommence le travail. Les socios renoncent à continuer la grève, ils voient que ça tourne mal pour eux.
Samedi 16 novembre
Après-midi. Peinture de 2 h à 5 heures pour la première fois le samedi. Armistice Cortège de la paix. Je vais au cortège avec Mr Taillard qu’on rencontre en descendant la rue. Jeanne est avec Mme Taillard. Il fait un temps couvert et assez froid. L’après-midi on ne dort pas. Je dessine. Le soir jass chez Berthoud.
Fin d’année 1918 : « C’est la grippe. »
Image : Obsèques du Dr Bossi, médecin-assistant à l’Hôpital de La Chaux-de-Fonds, victime de la grippe. Le cortège quitte l’hôpital pour se rendre à la gare, le 15 juillet 1918. (Source : Musée d’histoire de La Chaux-de-Fonds. Image reproduite dans Zosso (F.) et Marsico (G. E.), (2004), Les Bâtisseurs dans la tourmente, Le Locle : Editions G d’Encre, p. 237)
Samedi 23 novembre
Après-midi : beaucoup travaillé jusqu’à 2 heures. Après je vais à la peinture jusqu’à 5 heures après je vais manger les tripes. Tripes avec chez Mr Roth et Frantz au cousin, on revient chez Coulet boire des bouteilles et après au café du Versoix. Rentré à minuit et demi.
Dimanche 24 novembre
Après-midi bon va promener avec Berthoud. Sa mère et la Jeannette sont là on va en haut Pouillerel et on revient chez Berthoud on joue aux cartes et on accompagne Mme Berthoud à la gare à 6 ½ le soir on va jouer aux cartes chez Berthoud avec Scheidegger.
Samedi 30 novembre
Tous ces temps beaucoup d’ouvrage à plaquer. L’après-midi à 2 h. peinture au collège de 2 à 5 heures. Le soir on va faire un tour les 2 Jeanne et on va chez Vuillemin rigoler – Ils reviennent de manger les tripes chez Affolter Vuillemin et Albertone. On y retourne boire des bouteilles de blanc. On rentre à 12 ½ h.
Dimanche 1 décembre
Après-midi on va chez Albertone à 2 ½ h. rendez-vous. Vuillemin y vient aussi on boit une bouteille. Ensuite on va chez Vuillemin on vient souper à la maison et on va les reprendre pour aller au concert chez Ariste. Orchestre. Rentrons à 11 heures.
Dimanche 8 décembre
On va voir les expos à [nom illisible] à la Gr[an]de Poste et celle à Humbert au Salon des arts. Le soir on va au ciné.
Samedi 14 décembre
Jeanne vient malade le vendredi le samedi elle tient le lit. Ça commence par un rhume de cerveau. C’est la grippe. On demande le docteur Humbert le mercredi – elle tient le lit depuis samedi. 12 jours au lit.
On se fait ventouser les deux le jeudi matin.
[Dimanche] 19 [en fait 15] décembre
Dimanche. Je ne sors pas.
Samedi 21 décembre
Je ne vais pas à la peinture à cause de Jeanne malade. Ça va mieux.
[Dimanche 22 décembre]
Dimanche à la maison.
Mardi [24 décembre]
Veille de Noël. Journée de bûche on travaille dur pour livrer 7 grosses de boîtes à Haller. Jeanne est debout. On a aussi cette demoiselle Tissot. On arrive prêt pour 5 h moins 5.
Noël mercredi [25 décembre]
On ne sort pas Jeanne est levée et va mieux. L’après-midi je peins. On reste dedans il fait vilain.
Dimanche 29 décembre
On ne sort pas. Je peins. L’après-midi Gretha vient pour souder ses lunettes.
Ces jours il faut beaucoup travailler.
On travaille dur pour livrer pour 5 heures. On est tous à se dépêcher. On est 6. Haller et son apprenti – Mlle Tissot – la Berthe et nous deux on avait 7 grosses de boîtes à livrer pour le 25.
Cette semaine un peu relâche.
Sylvestre
On va aux emplettes on cuit un petit jambon roulé : Des haricots. Une gibelotte de bœuf. On soupe à la maison à 7 ½ h. et le soir on va chez Vuillemin qui nous attendait avec M. Albertone et la Jeanne Benoit. De là on va chez Ariste au concert de l’orchestre. A minuit on sort écouter la musique vers la grande fontaine. Et de là on va à la Métropole écouter le concert et on rentre à 2 heures du matin.
Août-septembre 1918
Image : La Rue Léopold-Robert l'été, vue ici en 1919 (Source : swissinfo.ch).
La suite des souvenirs de Louis Turban à lire sur le manuscrit original...