Un voyage en Allemagne à la fin du XIXe siècle (III)

Le voyage initiatique de Charles-Daniel Junod en Allemagne, par François Zosso

Lorsqu’au petit matin du 9 octobre 1886, le jeune Daniel Junod quitte sa famille pour se rendre en Allemagne accomplir sa troisième année de théologie en vue de devenir pasteur, c’est avec le cœur en bandoulière qu’il monte dans le train de 7 heures 33, en gare de Neuchâtel. La cause de ce gros chagrin ? Alors qu’il a déjà vingt et un ans, devoir se détacher des jupes de sa mère le panique. Or ses deux voyages et son séjour en Allemagne vont constituer pour lui une formidable initiation à la vie d’adulte, à la prise de responsabilités, si petites soient-elles, à la conduite de sa liberté et à la maîtrise de la solitude, le soir, lorsqu’il se retrouve seul dans une chambre d’hôtel anonyme, sans âme...

Chaque jour, durant ses deux voyages, il est amené à prendre seul et rapidement des décisions concernant l’itinéraire qu’il va suivre, les visites qu’il va faire, la gestion de son argent… Il doit apprendre à jongler avec les horaires des chemins de fer allemands et surtout se mettre à pratiquer à haute dose la langue de Goethe qu’il maîtrise fort mal. Si, au début de son premier voyage, ce handicap le pousse à éviter d’entrer en contact avec ses compagnons allemands de voyage, ceux-ci, au contraire, se plaisent à nouer une conversation avec lui. Bon gré mal gré, il devra se débrouiller pour se faire comprendre. Puis, tant à Berlin qu’à Tübingen, lors de ses deux semestres universitaires, ses camarades d’étude prendront le pas sur sa famille qu’il a laissée sur les rives du lac de Neuchâtel, sans pour autant certes l’oublier.

C’est un homme que sa mère retrouve à son retour.

Samedi 9 octobre 1886 : Couvet – Strasbourg

 Bâle en 1880 (tous droits réservés)

PREMIER VOYAGE DE DANIEL JUNOD : DE NEUCHÂTEL À BERLIN, 9 – 22 OCTOBRE 1886


Samedi 9 octobre : Couvet – Strasbourg

Très tôt, ce matin du 9 octobre 1886, Daniel quitte sa mère à Couvet, village du Val-de-Travers (1). Soucieuse d’adoucir la peine de son garçon, elle a demandé à sa fille Rosi (Rose-Marie) de l’accompagner jusqu’à la gare de Neuchâtel.

La perspective de partir à la découverte de mondes inconnus ne déclenche pas en lui une fébrilité joyeuse, comme on pourrait s’y attendre de la part d’un jeune homme de vingt et un ans. Au contraire, devoir partir seul, pour la première fois, à l’étranger, le remplit de crainte, d’inquiétude. Mais le sens du devoir et du sacrifice que lui ont inculqué ses parents le pousse à couper enfin le cordon ombilical.

Muni de son billet Neuchâtel-Strasbourg, qui lui a coûté quatorze francs et cinquante centimes, il monte dans un wagon IIIe classe et à 7 h. 33, la locomotive, sifflant et crachant des panaches de fumée, met en branle ses bielles et ses roues et emporte Daniel vers sa première destination : Bâle.

Madame Junod qui connaît mieux que personne son garçon et les angoisses qui l’assaillent, quand elle n’est pas là pour le rassurer, a dû sûrement convoquer le ban et l’arrière-ban de la famille et des amis, du moins pour la première journée de ce voyage, car, à Saint-Blaise déjà, premier arrêt du train à quelques kilomètres de Neuchâtel, son cousin et sa cousine Alice Zurcher l’attendent sur le quai de gare avec un petit paquet de pains d’anis.

Puis, à la gare de Bienne, nouvelle surprise ! Sa cousine Bertha Courvoisier de Colombier est là, sur le quai, venue, elle aussi, le réconforter.

En route pour Bâle, Daniel aperçoit de son wagon le Ried, lieu-dit au-dessus de Bienne qu’il connaît bien. On y a une superbe vue sur tout le Seeland. Puis le train s’engage dans les gorges du Taubenloch et de la Birse qui l’émerveillent. La ligne de chemin de fer Bienne-Bâle par ces gorges était récente. Elle ne datait que d’une dizaine d’années. Elle avait été construite entre 1874 et 1877. Elle possédait donc un attrait certain pour les voyageurs.

Mais leur beauté sauvage ne réussit pas à relever son moral. Il demeure toujours en berne, comme si cette année à l’étranger représentait pour lui un pensum. Aussi éprouve-t-il le besoin de se raccrocher à une âme compatissante. Mais voilà, six à sept ans d’apprentissage de la langue allemande à l’école, à raison de trois à quatre leçons hebdomadaires, n’ont pas suffi pour lui permettre d’amorcer même un semblant de conversation. Problème toujours récurrent pour la majorité des élèves, un siècle et demi plus tard ! À Delémont, son moral descend encore d’un cran, le temps tourne à l’orage.

Mais lorsque son train entre en gare de Bâle, son vague à l’âme fond comme neige au soleil, car, ô surprise !, à son grand soulagement, l’âme compatissante qu’il espérait, l’attend sur le quai : Edouard Perregaux qui le pilote jusqu’à la Maison des Missions. Cette Maison appartient à la Société des Missions des Églises évangéliques de Suisse allemande, fondée en 1815. Issues du piétisme protestant, les Églises évangéliques ont eu, dès leur fondation, la fibre missionnaire, convaincues que leur mission était d’annoncer l’Évangile au monde entier. Cette Mission de Bâle prépare des missionnaires qu’elle envoie en Chine, en Indonésie, en Afrique… En 1884, Henri, le frère de Daniel, a passé une année à Bâle pour compléter sa formation théologique. Désireux de devenir missionnaire, il a fréquenté assidûment cette Maison. Il partira en 1889, au Mozambique d’abord, puis au Transvaal, envoyé par la Mission des Églises évangéliques libres de Suisse romande, fondée en 1883 (2). L’excellent souvenir qu’a laissé ce frère aîné rejaillit sur Daniel. L’ami Perregaux, qui travaille dans ce centre missionnaire, l’accueille à bras ouverts, mais pris par ses occupations, il se voit contraint de le confier à un étudiant pour lui faire découvrir la Maison et la ville de Bâle.

Personne ne s’étonnera de l’intérêt que porte cet étudiant en théologie aux édifices religieux. Futur pasteur, ils seront les lieux privilégiés où il prêchera la Parole de Dieu. Sa première visite est donc pour l’église Sainte Elisabeth, construite entre 1857 et 1864 par Ferdinand Stalder et financée à hauteur de quatre millions par le banquier Christophe Mérian, désireux d’en faire un « Mémorial contre le mauvais esprit actuel » (Mahnmal gegen den Ungeist der Zeit). Elle est le plus grand sanctuaire néo-gothique de Suisse et tire son nom de la chapelle d’un hôpital construite à cet endroit, au Moyen Âge, et dédiée à sainte Élisabeth de Thuringe. Que cette église protestante soit dédiée à une sainte vénérée par l’Église catholique ne semble pas perturber notre étudiant théologien, calviniste, et par conséquent, comme nous allons le voir, farouche adversaire du culte des saints !

Puis, avec son guide, il court admirer le Rhin depuis le grand pont qui le traverse et d’où on jouit d’une magnifique vue sur la ville et sa cathédrale où il se rend tout aussi promptement. Panorama admirable, mais source d’angoisse chez Daniel ; du haut de son perchoir, il voit tout ce qu’il va quitter, la belle Suisse, et tout ce qu’il va devoir affronter : l’immensité de la plaine allemande à laquelle il ne trouve aucun attrait.

Un nouveau train l’attend, ainsi qu’une nouvelle surprise : deux nouveaux anges gardiens, avertis mystérieusement (?), viennent le réconforter. D’abord, un camarade d’étude qui l’accompagne jusqu’à Mulhouse. Puis, à Colmar surgit une diaconesse, une amie de la famille, avec laquelle il voyage jusqu’à Strasbourg.

À la gare, c’est la délivrance. Il retrouve Lily, sa sœur chérie, de quatre ans son aînée. Elle est diaconesse dans cette ville (3). Ses angoisses, ses craintes s’envolent comme par enchantement. Chez elle, il est chez lui.

Totalement accaparée par sa douce présence, il traverse la gare sans en apercevoir la beauté. Elle venait d’être inaugurée trois ans auparavant, en 1883, après cinq ans de travaux. Il ne remarque pas non plus les deux fresques du hall central en cours de réalisation et qui célèbrent l’union de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne.

La défaite de la France en 1870 face à la Prusse lui a valu de perdre ses deux provinces de l’Est : l’Alsace et la Lorraine. En 1886, lorsque Daniel arrive à Strasbourg, l’occupation allemande se fait toujours lourdement ressentir. Ses habitants la supportent mal, malgré tous les efforts du nouveau gouvernement pour redonner à leur ville sa prospérité ancienne et pour la moderniser, témoin la nouvelle gare que Daniel a omis d’admirer tant il était sous le charme salvateur de sa sœur.

 

(1)  Veuve, elle a suivi, avec ses enfants, son fils aîné Henri, nommé pasteur par intérim à Môtiers-Travers.

(2) En plus de son activité de missionnaire, Henri Junod (1863-1934) mena d’importantes études ethnologiques des peuples qu’il évangélisait, ce qui lui conféra le statut de savant reconnu par ses pairs.

(3) La communauté des diaconesses de Strasbourg a été fondée en 1842 par le pasteur François Haerter dans le but d’éduquer la jeunesse et de soigner les malades et les personnes âgées. Rapidement elle essaime en Alsace, en Suisse, dans le Pays de Montbéliard et dans le Pays de Bade. En 1891, Elisabeth (Lily) Junod est nommée directrice de l’hôpital de Pourtalès à Neuchâtel et le demeurera durant quarante ans.

Dimanche 10 octobre et lundi 11 octobre 1886 : Strasbourg

Plan de Strasbourg dans le guide Baedecker Bords du Rhin (édition de 1891)

Dimanche 10 octobre : découverte de Strasbourg

Au début de son compte rendu du 10 octobre et des jours suivants, Daniel note qu’il a rédigé son récit de voyage à Berlin, à partir du 30 octobre.

À Strasbourg, il rencontre un étudiant en théologie, Reichardt, en compagnie duquel il visite la cathédrale et assiste, à midi, au spectacle insolite qu’offre, à chaque heure, l’horloge astronomique installée à l’intérieur du sanctuaire. Puis tous deux retournent au triple galop à la Maison-mère des diaconesses, les 500 marches pour parvenir au sommet de la tour de la cathédrale leur ayant descendu l’estomac dans les talons.

L’après-midi, Daniel poursuit sa visite de la ville, mais cette fois-ci en compagnie de sa chère Lily qui veut lui faire découvrir le tout nouveau Palais universitaire construit en style néo-Renaissance entre 1879 et 1884 et inauguré, cette année-là, par l’empereur Guillaume Ier. Situé au milieu du campus, il se veut le centre de rayonnement de la culture allemande. Puis Lily emmène son frère au Jardin botanique tout proche.

De retour à la Maison-mère, vers 17 h, sous la pluie, Daniel, tout protestant qu’il est, désire aller écouter l’office des vêpres chanté par les sœurs catholiques, les sœurs de Marie Réparatrice dont le couvent est tout proche. Il avait appris qu’elles chantaient fort bien (1). Mais Lily a d’autres projets. Elle lui fait rencontrer plusieurs membres de la petite colonie suisse de Strasbourg qui leur offrent un copieux goûter.

Lundi 11 octobre : deuxième jour à Strasbourg

Daniel pensait ne s’arrêter qu’un jour à Strasbourg, mais il ne peut résister aux petits soins maternels de sa sœur et à l’accueil chaleureux de ses consœurs qui l’incitent à passer une nuit supplémentaire dans leur maison. La cathédrale de Strasbourg l’a tellement impressionné qu’il tient à la visiter une nouvelle fois. L’après-midi, Lily emmène son frère à Kehl, petite ville voisine, visiter une curiosité : un pont de bateaux sur le Rhin, composé de barques alignées sur lesquelles des planches font office de tablier. Jusque dans les années 1880, avant le développement foudroyant du train et de l’automobile, le Rhin, de son aval à son amont, n’était enjambé que par de rares ponts en pierre ou en bois. Par contre, de nombreux ponts de bateaux et une multitude de bacs le traversaient. Pour se rendre dans cette petite bourgade, « quartier allemand » de l’agglomération strasbourgeoise, Lily et Daniel prennent un tram à vapeur.

Mais hélas ! sonne l’heure de la séparation. De la fenêtre de son wagon, Daniel, le cœur lourd, voit s’estomper peu à peu Lily et sœur Catherine qui l’ont accompagné à la gare.

À Kehl, Daniel change de train pour prendre celui de Karlsruhe. Il débourse 3.40 marks pour ce trajet.

 

(1) Les sœurs de cet institut fondé en 1857 à Strasbourg, accordent une grande place à l’adoration du Saint-Sacrement, offrant, en union avec la Vierge Marie, leur vie en réparation pour les offenses faites au Christ. Elles s’engagent de même très fortement dans des activités missionnaires.

Mardi 12 octobre 1886 : Karlsruhe, Mannheim et Worms

Carte extraite du guide Baedecker Bords du Rhin (édition de 1891)

À son réveil, Daniel part à la découverte de la ville de Karlsruhe, la ville en éventail. Il parvient à contourner le château pour découvrir, émerveillé, à l’arrière, un autre parc, tout aussi immense, lui aussi en éventail, aux nombreux sentiers formant un labyrinthe. Mais craignant de s’y perdre, il rebrousse chemin et s’en va faire un tour en ville. L’heure avançant, il lui faut rentrer à l’hôtel prendre sa valise, payer sa note qui se monte à 4.10 marks, bonne main, hélas ! comprise et se rendre à la gare pour Mannheim. À ses dépens, il découvre que l’argent peut couler comme de l’eau entre ses mains, s’il n’y prend garde.

Mannheim, la ville en échiquier, se trouve à quelque soixante-dix kilomètres de Karlsruhe. Daniel y arrive peu avant midi. Il dépose sa valise à la consigne de la gare, puis avale rapidement un sandwich et une chope de bière qui lui coûtent 75 pfennigs. Ragaillardi, il se donne une heure pour jeter un coup d’œil à la ville et au château. Son Baedeker lui a appris que « construite en 1606 seulement, Mannheim est la ville la plus régulière de l’Allemagne, car elle est composée de cent dix carrés qui rappellent les cases d’un échiquier ». Puis, il monte au château, impressionnant bâtiment de 356 m. de long, construit entre 1720 et 1729. Mais l’heure qu’il s’est accordée s’est  écoulée. Il regagne la gare et part pour Ludwigshafen, ville portuaire sur l’autre rive du Rhin, que l’on atteint par un pont à treillis (1) servant aussi bien au chemin de fer qu’aux voitures tirées par des chevaux et aux piétons. Il ne s’y arrête pas. Il change de train et part pour Worms à une vingtaine de kilomètres où il arrive en début d’après-midi, à 14 h. 30.

Daniel s’arrête au monument à la mémoire de Luther. Son Baedeker lui apprend que ce monument fut inauguré en 1868.

« Sur un soubassement de 15 m. carrés et de 3 m. de hauteur, auquel on arrive par plusieurs degrés, sont groupées huit statues sur des socles en syénite foncée, entourant le monument de Luther proprement dit. Le socle de ce dernier, haut de 8 m., est encore surmonté d’un piédestal en bronze de 3 m. de hauteur, avec des bas-reliefs dont les sujets sont tirés de la vie du réformateur, des inscriptions appropriées à ces sujets et des médaillons de contemporains qui favorisèrent la Réforme. C’est sur cette base que s’élève la statue de Luther, en bronze, de 3 m. 20 de hauteur, figure imposante, pleine de confiance en Dieu, le regard dirigé vers le ciel et tenant de la main gauche la Bible, sur laquelle est posée la droite.
Les huit autres statues sont celles des hommes courageux qui, avant, pendant et après la grande lutte pour la réformation, contribuèrent aussi de différentes façons à son triomphe. Aux angles du socle principal sont représentés, assis, les quatre prédécesseurs de Luther : sur le devant à dr., Jean Huss (m. 1415) ; à g., Savonarole (m. 1498) ; derrière, à dr., Wiclef (m. 1387) ; à g., Pierre de Vaux (m. 1197). Sur les socles latéraux, en avant, à dr., Philippe le Magnanime de Hesse; à g., Frédéric le Sage de Saxe ; derrière, à dr., Mélanchton ; à g., Reuchlin. Ces huit statues ont chacune 2 m. 80 de hauteur.
Dans les intervalles, sur des socles moins élevés, sont les statues assises de trois villes : à dr., Magdebourg en deuil ; à g., Augsbourg, la ville de la Confession ; derrière, Spire, celle de la Protestation. Entre ces statues enfin, les armoiries en bronze des 24 villes qui embrassèrent, les premières, la Réforme. »

Ce monument-là, à moi, pauvre rustre, qui vois clair dans le domaine de l’architecture comme une lampe en plein midi, m’a fait une vraie impression. Il exprime bien ce qu’a été le réformateur, une protestation forte et puissante. Et je suis heureux de le voir s’élever au-dessus d’une ville catholique (2), comme pour prouver à l’Église catholique, apostolique et romaine qu’il y a gens encore plus puissants qu’elle.

Cette dernière remarque de Daniel est intéressante. Elle est à replacer dans le contexte de la crise très violente qui venait de perturber les relations de l’Église catholique romaine avec l’Empire allemand et avec la Suisse protestante. Cette crise que l’Histoire a appelée Kulturkampf, avait éclaté en Allemagne dès l’avènement de l’Empire allemand, en 1871 (3). C’est lors du séjour de Daniel Junod en Allemagne en 1886-1887 que l’Empire allemand et le Vatican mettent un terme à ce conflit et renouent des relations plus apaisées, mais il est évident qu’il faudra ensuite aux protestants et aux catholiques du temps, beaucoup de temps pour se rencontrer sur les chemins de l’œcuménisme. Si l’on en juge par la remarque de Daniel sur l’Église catholique, il n’était pas encore prêt à s’engager sur ces chemins-là, tant il vibrait en osmose avec les Pères de la Réforme.

Puis Daniel s’en va, cigare au bec (!), visiter la cathédrale construite au cours du XIIe siècle et réservée au culte catholique. Son Baedeker l’informe que cette cathédrale est un des plus beaux édifices romans de l’Allemagne. Sa visite achevée, il est temps pour Daniel de prendre un nouveau train pour retourner à Ludwigshafen, où il prend un premier train pour Mannheim, puis de cette ville, un second pour Heildelberg.

 

(1)  Pont dont les poutres latérales sont composées de barres métalliques triangulées, assemblées en treillis.

(2)  En 1890, Worms, qui comptait 22'000 habitants, n’était plus une ville catholique. Près des deux-tiers de ses résidents étaient protestants, un petit tiers catholique et 1'300 israélites.

(3) Otto von Bismarck, son chancelier, avait ouvert les hostilités en refusant au Vatican tout contrôle sur la minorité catholique de l’Empire. Il voulait de même restreindre drastiquement son influence, voire son ingérence dans les affaires allemandes, tout particulièrement dans les domaines de la politique, de la société, des sciences… En Suisse, la crise était plus ancienne. Elle remontait aux tensions grandissantes entre cantons catholiques et protestants dès les années 1830. Elles débouchèrent en 1845 sur une guerre civile appelée Sonderbund qui s’acheva par la défaite des cantons catholiques, hostiles à un gouvernement central qu’ils durent cependant, bon gré mal gré, accepter. La crise connut son acmé en 1874, lorsque les Chambres fédérales (pouvoir législatif), dominées par un parti radical majoritairement protestant, imposèrent aux catholiques dans la Constitution fédérale des «articles confessionnels », tels que l’interdiction de l’ordre des jésuites et celle de fonder de nouveaux couvents ou un nouvel évêché…

Mercredi 13 octobre et jeudi 14 octobre 1886 : Heidelberg et Francfort

Plan du château de Heidelberg extrait du guide Baedecker Bords du Rhin (édition de 1891)

Mercredi 13 octobre : Heidelberg

À Heidelberg, au petit matin, Daniel écrit à Lily, à sa mère… Cela ne fait que quatre jours que Daniel a quitté les siens. Or il ne parvient toujours pas à apprivoiser la solitude qui le ronge, dès qu’il se retrouve seul dans une chambre d’hôtel.
Mais prenant son courage à deux mains, il organise sa journée. Il n’a guère que la matinée pour la visite de la ville, car il veut se rendre à Francfort. Son Baedeker lui recommande la visite du château. Conseil qu’il suit. Il parcourt son intérieur et visite son grand tonneau, alors le plus grand du monde, avec ses 228 000 litres et qui date de 1750. Puis, il retourne à l’hôtel. Sa nuitée et son petit-déjeuner lui coûtent 9.60 marks. Après s’être restauré, il se rend à la gare.

Jeudi 14 octobre : Francfort

À Francfort, Daniel retrouve Quinche, un ami. Est-ce que ce compagnon éprouve quelques réticences à visiter quelques-unes des nombreuses églises de la ville ? Il préfère montrer à Daniel une curiosité que celui-ci n’a sûrement pas eu l’occasion de découvrir jusqu’alors : un Jardin zoologique.

Avant d’entrer, ils admirent tout de même le « propre en ordre » allemand. Malgré la pluie, ils parcourent les différentes allées où, dans des espaces clos, une multitude d’animaux s’offrent à leur curiosité.

Les singes sont les plus amusants. Loin d’être un ancêtre de l’homme, le singe n’en est qu’une parodie. Ce visage bestial qui a quelques reflets d’intelligence, est si ridicule, il forme un contraste si fort que chacun en rit…

Cela faisait vingt-sept ans que Charles Darwin avait publié son célèbre ouvrage De l’origine des espèces (1859), dans lequel il formulait l’hypothèse que toutes les espèces vivantes avaient évolué au cours des millénaires à partir d’un seul ou de quelques ancêtres communs, que les singes et les hommes, par exemple, descendaient d’un ancêtre commun. La remarque sarcastique de Daniel est intéressante. Elle suggère que, pour lui, la théorie de l’évolution était à remiser dans le placard aux balivernes comme le proclamaient haut et fort les créationnistes dont faisaient partie tous les pasteurs de sa génération, persuadés de la véracité du récit de la Genèse.

J’ai remarqué entre autres l’axolotl, ce fameux animal qui n’a pas l’air de se douter qu’il est un argument nouveau et puissant dans les mains des darwiniens, ou s’il s’en doute, il n’a pas l’air d’y croire. Il m’a l’air, au contraire, de prendre très philosophiquement la vie, et pourquoi pas, somme toute ?...

Daniel fait ici allusion à une découverte des biologistes de son époque. L’axolotl est un animal marin qui ressemble à un triton et qui vit avant tout dans les lacs mexicains. Lorsque ceux-ci sont victimes d’un assèchement, les scientifiques ont remarqué que cet animal se transformait en salamandre. Cette transformation servit d’exemple aux darwiniens pour expliquer l’importance du milieu naturel dans l’évolution des espèces.

Puis, Quinche emmène Daniel au Palmengarten, autre jardin botanique de la ville, ouvert au public en 1870.

Dans son petit « carnet du lait », Daniel a noté toutes ses dépenses à Franckfort.

• Porteur et bonne main 0.80
• Jardin zoologique Quinche et moi 3.00
• Palmengarten 3.30
• Diorama 2.00
• Cigarettes, tramway 0.70
• Hôtel 14.00
Total 23.80 M.

Vendredi 15 octobre et samedi 16 octobre 1886 : croisière sur le Rhin et arrivée à Cologne

Carte du Rhin entre Bonn et Cologne extraite du guide Baedecker Bords du Rhin (édition de 1891)

Vendredi 15 octobre : Croisière sur le Rhin

Après une nuit à Mayence dans un hôtel à l’air un peu drôle, c’est une croisière sur le Rhin que s’offre Daniel. Suivant les recommandations de son Baedeker, il décide de gagner Cologne par bateau, un voyage de quelque 200 km.

Daniel se montre très intéressé par la navigation sur le Rhin, qui ne ressemble en rien à celle du lac de Neuchâtel. À Rudesheim, il aperçoit le fameux monument de l’orgueil national allemand : la Germania. Après un voyage froid et pluvieux qui ne lui laisse pas un bon souvenir, son bateau arrive enfin dans la nuit, à Cologne.

Samedi 16 octobre : Cologne

Avant de visiter la ville, Daniel, prudent, tient à repérer l’entrée de la gare de Cologne, car il va partir le soir même par le train de 19 h. 54 et craint de ne pas la trouver à cause de l’obscurité.

Simagrées, idolâtrie, gravité d’emprunt des prêtres, Daniel n’y va pas avec le dos de la cuillère dans sa critique de la foi et des pratiques religieuses catholiques, lors d’une messe à laquelle il assiste, malgré lui, dans la cathédrale de Cologne. Il oublie peut-être que ce sanctuaire qu’il visite sitôt la messe dite, est aussi un témoin, et quel témoin ! de cette foi catholique. Émerveillé, il prend tout son temps pour détailler minutieusement cet édifice. Il est surtout frappé pas ses lignes symétriques parfaites qu’il remarque de même à l’extérieur.

Est-ce dû à son jeune âge ou à une connaissance encore peu maîtrisée de l’histoire du christianisme ? Daniel ne perçoit guère le sens profond de la multitude des symboles que les bâtisseurs de cette cathédrale y ont fait figurer.

Puis il visite la salle aux trésors. Pour Daniel, protestant calviniste, toutes les reliques qui y sont exposées, si précieuses soient-elles, ne sont que supercheries.  Durant ses études, il a dû sûrement lire le Traité des reliques que Jean Calvin écrit en 1543 et dans lequel il dénonce avec une rare férocité leur culte. Qui ne connaît sa fameuse critique du lait de la Vierge conservé dans de petites fioles dans d’innombrables églises : « Tant y a que si la sainte Vierge eût été une vache et qu’elle eût été nourrice toute sa vie, à grand’peine en eût-elle pu rendre telle quantité. » ?

Lors d’une deuxième visite de la cathédrale, Daniel voit une « pécheresse » entrer dans un confessionnal. Il réagit sur le champ. Après le culte des reliques, il s’en prend à cet autre grand sujet de discorde avec les catholiques : la confession.  Les prêtres catholiques sont des pécheurs comme n’importe lesquels des hommes. Aussi, il leur dénie tout droit à être des directeurs de conscience. Étudiant théologien, a-t-il déjà lu et médité ce passage du livre de Jean Calvin L’Institution de la religion chrétienne, dans lequel ce réformateur reconnaît un certain intérêt à la confession personnelle faite à un pasteur ? « Ainsi, lorsqu’un croyant aura le cœur angoissé par le remords de ses péchés au point de ne plus trouver le repos sans une aide extérieure, qu’il se souvienne d’utiliser ce remède que lui offre Dieu : qu’il se confie à son pasteur pour être soulagé, puisque l’office de celui-ci est de consoler le peuple de Dieu avec la vérité de l’Évangile, tant en public qu’en privé (1). »

Après cette deuxième visite, Daniel se rend à la gare prendre le train de nuit pour Lippstadt, petite ville à mi-chemin entre Cologne et Berlin.

Il y demeure trois jours chez un certain M. Dreichmann auquel il a annoncé son arrivée. Le feuillet n° 8 de son périple ne figurant malheureusement pas parmi les papiers de Daniel, nous ignorons ce qu’il y a fait. Mais grâce à son « carnet du lait », nous apprenons qu’il arrive à Berlin le 22 octobre où il retrouve son ami Reichardt qu’il a rencontré à Strasbourg.

 

(1)  Calvin Jean, Institution de la religion chrétienne (IRC), Kerygma/Excelsis, 2009, III.4.17.

Lundi 11 avril - mercredi 13 avril 1887 : Berlin - Dresde - Prague

Carte de la région de Plötzscha (tous droits réservés)

DEUXIÈME VOYAGE : BERLIN – TÜBINGEN, 11 – 20 AVRIL 1887

Lundi 11 avril : départ pour Dresde où Daniel découvre la salade russe

C’est le lundi de Pâques que Daniel quitte Berlin pour Tübingen afin d’accomplir dans sa célèbre université son deuxième semestre de théologie. Il part en compagnie d’un condisciple, un certain Muller. Oubliées les jupes de maman et la nostalgie du beau Pays de Neuchâtel. Séchées les larmes des premiers soirs de son voyage, dans sa chambre d’hôtel. Son voyage et son séjour à Berlin, loin des siens, l’ont mûri. Il est devenu un homme. S’il pleure, c’est à cause d’un vilain rhume.

Mercredi 13 avril : en route pour Prague

Daniel n’a pas hésité à mettre Prague dans la liste des villes de l’Empire allemand qu’il tient à visiter. Bien que cette célèbre cité ne se trouve pas directement sur sa route, lui imposant un grand détour, elle lui offre l’occasion de traverser les paysages majestueux de la Suisse saxonne. Dans le train, il rencontre un jeune Neuchâtelois qu’il a connu sur les bancs de l’école et qui accomplit son école de guerre en Allemagne. À l’instar des nombreux étudiants qui partent, à cette époque, se former dans les universités allemandes, de nombreux officiers suisses suivent des stages de formation dans les écoles de guerre allemandes, ce qui explique leur germanophilie durant la Première Guerre mondiale.

Le train fait halte à Pötzscha que visite Daniel. Petit village de la Suisse saxonne, il est situé à l’entrée d’une gorge très étroite où l’Elbe s’engouffre avec force. Il apparaît sur les cartes géographiques au début du XVIe siècle et est habité par des haleurs qui aident les bateaux à franchir cette passe dangereuse. Dès 1848, le train y fait halte pour permettre aux voyageurs, amoureux de paysages romantiques, de traverser l’Elbe sur un bac et de rejoindre la station touristique de Wehlen.

Daniel gagne un point de vue au-dessus de ce village d’où il peut mieux admirer la beauté du paysage. Et comme à son habitude, il ne peut s’empêcher de le comparer, en moins grandiose, à sa Suisse chérie. Puis il redescend, après avoir empli ses yeux de toute cette beauté alpestre.

 

Jeudi 14 et vendredi 15 avril 1887 : Prague

Plan de Prague (détail) extrait du guide Baedecker Autriche-Hongrie (édition de 1911)

Prague où un tas de riens trahit le catholicisme et prouve son infériorité au point de vue de l’économie politique.

Cette remarque de Daniel s’appuie sur le constat que tout observateur attentif pouvait faire à son époque : la carte du développement économique de l’Europe épousait assez nettement les frontières des pays de confession protestante. On peut regretter que notre étudiant théologien n’ait point couché sur le papier les raisons qu’il donnait à cette réussite protestante. Historiens et sociologues de son époque en ont proposé un certain nombre. Max Weber est certainement le plus célèbre d’entre eux. Dans son étude L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, qu’il fait paraître entre 1904 et 1905, il soutient qu’une des raisons de la réussite économique des pays protestants a pour origine la croyance des calvinistes qu’elle est le signe de la bénédiction divine, et donc de leur salut.

En ce premier jour de visite, Daniel commence par faire le tour des principales églises de la ville qu’il trouve toutes richement ornées de tableaux, statues, fresques, qui contrastent avec la nudité des temples protestants. Autre sujet d’étonnement : les tas de prêtres qu’il rencontre un peu partout.

Bien évidemment, il traverse et retraverse le pont Charles, monument emblématique de Prague.

La légende raconte qu’en 1393, le roi Wenceslas IV, soupçonnant sa femme, la reine Sophie, d’adultère, voulut savoir ce qu’elle avait confié en confession à Jean Népomucène, son confesseur. Devant le refus de ce dernier de trahir le secret de la confession, le roi le fit torturer, puis jeter dans le fleuve du haut de ce pont. Il fut dès lors considéré comme un saint martyr et les jésuites, chargés par Rome de prêcher la Réforme catholique (ou Contre-Réforme), propagèrent son culte en Europe centrale, au XVIIe siècle, pour faire pièce au rayonnement d’un autre Pragois, Jean Hus, précurseur du protestantisme, brûlé vif pour ses idées réformatrices en 1415.

Daniel visite ensuite le ghetto et le cimetière juifs, puis, l’après-midi, il remonte au château. À 18 h., il se rend dans une brasserie boire une chope tout en écoutant un orchestre, puis, à 22 h., il retourne à l’hôtel.

Le lendemain matin, Daniel reprend ses visites. Il commence par celle de Notre-Dame de Lorette, en compagnie d’un groupe de touristes, sous la conduite du sacristain. Cette église abrite la copie conforme de la maison de la Vierge Marie à Loreto, en Italie. Toujours selon la légende (et le sacristain !), un pauvre musicien était venu jouer devant le corps supplicié de la sainte. En guise de remerciement, celle-ci fit tomber sa pantoufle d’or à ses pieds. Accusé de l’avoir dérobée, le musicien obtint de ses juges la grâce de jouer une nouvelle fois devant elle avant d’être exécuté. En leur présence, la sainte laissa tomber sa seconde pantoufle, le lavant ainsi de toute accusation.

Il poursuit sa visite de la ville de Prague par les nouveaux quartiers, avant de retourner à son hôtel payer sa note – qu’il trouve fort chère – et terminer sa journée au théâtre.

 

Samedi 16, dimanche 17 et lundi 18 avril 1887 : Regensburg

Vue actuelle de Ratisbonne (tous droits réservés)

Samedi 16 avril : en route pour Regensburg

Le train traverse les forêts de la Bohème, arrive à la douane et entre en Bavière. Le paysage qui défile devant ses yeux rappelle à Daniel le marais de Lignères. À Schwandorf, il change de train pour Regensburg (Ratisbonne). Il est loin le temps où Daniel craignait qu’on lui adressât la parole en allemand, tant il maîtrisait mal cette langue. Son semestre à Berlin lui a permis de faire d’immenses progrès qui lui permettent maintenant d’engager lui-même une conversation. Mais dans ce train, impossible d’échanger quelques mots ; il voyage en compagnie de gens qui parlent bohémien, langue à laquelle il ne comprend rien.


Dimanche 17 avril : Regensburg où Daniel se croit transporté au temps des Croisades

Ce dimanche matin, Daniel débute sa visite de la ville par le dôme. Commencé en 1273, achevé vers 1525, il ne fut couronné de deux flèches, hautes de 70 m. qu’entre 1859 et 1869. Mais une fois de plus, une messe est célébrée au moment où Daniel y entre. Décidément, la liturgie catholique reste en travers de la gorge de Daniel. Il ne parvient ni à en saisir toute la symbolique ni à penser qu’il y a plusieurs manières de rendre un culte à Dieu. Il ressort donc et attend l’« Ite, missa est » (Allez, la messe est dite) du prêtre pour visiter en paix cette cathédrale longue de 86 mètres et large de 35, et dont la voûte s’élève à 32 mètres.

Puis il se rend au Rathaus qu’il visite sous la conduite de la concierge. Cet ancien hôtel de ville, construit en partie au XIIIe siècle, fut le siège de la Diète d’Empire de 1594 à 1806. Aujourd’hui, il sert avant tout à la célébration des mariages ! Autre endroit qui l’intéresse : les cachots et la salle des tortures. Daniel remonte de ce monde épouvantable des Enfers et va quêter un peu de sérénité à la Schottenkirche St-Jacob, où il y trouve une cohorte de nonnes en train de prier très dévotement. La quantité de nonnes aux cornettes et aux habits tous différents les uns des autres qu’il rencontre ensuite à la cathédrale, le laisse stupéfait.

Insatiable, Daniel décide de se rendre encore dans un autre lieu de pèlerinage, le Walhalla, séjour des héros dans la mythologie germanique. Une balade à pied de trois heures. En route, il rencontre un paysan qui veut bien lui servir de guide. La visite de ce monument l’impressionne. Situé sur une hauteur, le Walhalla est un temple néo-dorique, édifié entre 1830 et 1842, par l’architecte Leo von Klenze à la demande du roi Louis Ier de Bavière qui désirait mettre en valeur un certain nombre de personnalités ayant contribué au rayonnement de la civilisation allemande. Aujourd’hui, on peut y voir 129 bustes. Au nombre de ces personnalités, trois Suisses : Hans von Hallwyl (1433/34-1504), héros des batailles de Granson et de Morat en 1476 où les Confédérés défirent Charles le Téméraire, Nicolas de Flüe (1417-1487), notre ermite et protecteur national, et l’historien Johannes von Müller (1752-1809).

Après avoir passé une seconde journée à Regensburg, Daniel se rend à Nuremberg.

 

Mardi 19 avril et mercredi 20 avril 1887 : étape à Nuremberg et arrivée à Tübingen

Vue de Tübingen dans les années 1880 (tous droits réservés)

Mardi 19 avril : étape à Nuremberg

Daniel retrouve dans la capitale bavaroise un ami bellettrien auquel il a donné rendez-vous, Charles Favre, qui lui sert de guide. Les murs des remparts l’impressionnent. On le serait à moins. Ils s’étendent sur un peu plus de quatre kilomètres et comptent soixante-sept tours de défense. Les deux amis passent la journée à visiter plusieurs églises dont l’église évangélique luthérienne. En fin d’après-midi, l’ami Favre quitte Daniel un instant. Il a une commission à faire. Daniel visite alors seul et au pas de charge l’immense Musée germanique. De retour, il est temps pour lui de poursuivre son voyage jusqu’à Bad Cannstatt, station thermale près de Stuttgart.


Mercredi 20 avril : Tübingen ou la fin du voyage

Le 20 avril au soir, Daniel arrive à Tübingen. Une semaine après son arrivée, le mercredi 27 avril, il assiste aux célébrations du centenaire de la naissance du poète romantique Uhland, alors fort célèbre. Il est si impressionné par la ferveur populaire qu’il tient à décrire, sur quatre pages, cette cérémonie.

Son récit s’arrête là.

 

 

© François Zosso, 2017

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