Des Eplatures au Canada
La vie quotidienne d'une famille de Chaux-de-Fonniers établis comme paysans dans un hameau du sud-est du Saskatchewan (Canada), de la veille de la Grande Guerre aux années 1950
L'auteure des lettres, Berthe Alice Matile, est née le 21 septembre 1892 aux Replattes et décédée le 23 décembre 1978 à Kamloops (Colombie britannique). Elle épouse le 3 juin 1914 à Winnipeg Edmond Bächtold (né le 18 juin 1890 à Ardon). Le couple a trois enfants : Charles Ralph (Charli), Violette Lydia et Jean Numa. Berthe Matile et son mari Edmond Bächtold ont donc émigré au Canada en 1914. Ils exploitent une ferme au sud-est de la province du Saskatchewan.
Les lettres de Berthe sont adressées à sa cousine Angèle Nussbaum (1881-1957), fille de Rodolphe Nydegger et de Ida Nydegger, née Jacot. Angèle épouse en avril 1905 Pierre Nussbaum, paysan aux Eplatures, qui décède de la grippe espagnole en 1918, la laissant seule avec sept enfants. La majorité des missives de Berthe Bächtold-Matile à Angèle Nussbaum ont été expédiées autour de Noël ou de Nouvel-An : Berthe adresse ses vœux, remercie pour les nouvelles de Suisse et raconte son quotidien dans le Saskatchewan. Sa correspondance atteste de son attachement à sa famille restée en Suisse. Comme Angèle habite aux Maillards, une ferme isolée sur Pouillerel, bien connue de Berthe, et que cette dernière vit également dans un lieu perdu, les deux femmes peuvent se sentir en symbiose.
L’essentiel des lettres de Berthe sont écrites depuis Beynes, Saskatchewan : ce hameau est situé entre le village de Whitewood et la mission de Saint-Hubert dans le sud-est de la province de la Saskatchewan. Il n'y a jamais eu un village à cet endroit. Un district scolaire avait été créé au début du 20e siècle et on y avait ouvert une petite école de campagne. Autant l’école que le district scolaire portaient le nom de Beynes School District #815. En 1914, un bureau de poste est ouvert dans la maison d’un particulier et on lui donne le nom de Beynes Post Office. Le bureau de poste est resté ouvert jusqu’en 1963. Il était situé sur le terrain NE18-15-3-W2 qui veut dire le carreau nord-est de la section 18 de l’arrondissement (ou township) 15 du rang 3 à l’ouest du 2e Méridien. (Source pour ces renseignements: People Places, The Dictionary of Saskatchewan Place Names de Bill Barry (1998).
"Quand même il faut venir une fois blaguer à toi..."
Ci-dessous : Angèle Nussbaum aux Maillards (sur Pouillerel), entourée de ses sept enfants : Berthe, Jeannette, Hélène, Alice, Willy, Jean-Louis, Charly.
Beynes, 12 décembre 1934
Ma chère cousine et famille,
Quand même il faut venir une fois blaguer à toi et venir te souhaiter ainsi qu’à toute ta famille nos meilleurs vœux pour un heureux Noël et surtout une bonne heureuse année 1935 qu’elle soit meilleure.
J’espère que tu vas bien ainsi que tous. La santé est bien la plus belle des richesses hein toi Angèle. Il est vrai que tes jambes te font assez souffrir c’est bien dommage. Dans cette vie il faut en voir de toutes les sortes… quelquefois l’on se demande pourquoi étons (sic) sur cette terre.
Pour nous tous allons bien. Violette une grande gaillarde. Charli lui a poussé pas si vite. Le petit Jean Numa aura 5 ans le fruit du retour d’Europe ah ! ah ! Oui voilà bientôt 6 ans qu’on quittait cette belle Suisse et depuis bien des choses sont arrivées. Tes jeunes se trouvent mariés aussi en as-tu encore avec toi là-haut si loin de tout. Est-ce que l’hiver est bien rude cette année. Ici on a un hiver idéal les automobiles roulent. Ça semble nouveau je t’assure que parfois il n’y fait rien chaud. C’est pire qu’en Sibérie.
Et puis que fais-tu comme toutes les femmes de fermiers le travail ne manque pas. Ici on fait plus à manger que d’autres choses en hiver on se lève à 7h et moi à 8h½. On fait le dîner les 4 le souper et au soir toujours des veilleurs à minuit on donne un poussenion café beurre fromage qu’on fait deux fruits et gâteau tout des choses que nous faisons nous-mêmes ça en prend des œufs en conserve etc. C’est un pays tout autre que la Suisse on tricote avec de la laine de mouton filée soi-même. Ici c’est une voisine qui file un travail intéressant. On fait des descentes de lit avec des vieilles pattes. On utilise tout et avec les années sèches on ne peut pas toujours acheter du neuf on raccommode en masse ; on n’a pas beaucoup de jardinage trop sec. On espère que 1935 sera plus favorable.
(…)
Ici ça joue aux cartes et je te dis que ça blague. Violette est allée voir ses amies une grosse gaillarde Charli aussi parti vont rentrer bien vite demain iront à un arbre de Noël.
Et puis à Pouillerel comment vont-ils ? Louise a aussi été mal fichue. Ça doit être joli par là maintenant. Oui on vient (sic) vieux hein Angèle (…). Eh bien j’espère que ces quelques lignes te trouveront toi et les tiens en bonne santé, comme elle me quitte.
Avez-vous l’électricité par là je pense. C’est facile ici pas encore mais on a le téléphone qui rend bien service. C’est une compagnie on sait toutes les nouvelles du jour.
Il me faut aller mettre mon petit au lit il est 9h½. Il a une blague, et aime regarder jouer aux cartes.
Bonne nuit. Portez-vous bien tous, et recevez tous en famille nos meilleures pensées et bons baisers d’une cousine qui pense à vous malgré que je n’écris pas.
Votre affectionnée cousine Berthe
"J’aurais encore beaucoup à dire mais me faut en laisser pour une autre fois..."
Ci-contre une image actuelle de la région de Whitewood (sud-est du Saskatchewan), où est installée la famille de Berthe. Tous droits réservés.
Beynes, 24 janvier 1937
Ma chère cousine et famille
Eh bien ma chère, tu ne saurais croire combien ta si longue lettre a été la bienvenue, quelle bonne lettre. Merci de tout cœur d’avoir pensé à nous. Je voulais t’écrire mais je me suis dit je crois que cousine Angèle ne reçoit pas ma correspondance. Dieu merci ce n’est pas le cas et surtout heureuse de vous savoir tous en bonne santé merci aussi pour les jolies photos cela fait tant plaisir. Tous ont l’air bien portants et tous bien gais. Vive le bon vin hein.
Ici tous allons bien. Je vais aussi te faire assoir pour lire. Je te crois que je me suis assise pour lire ta bonne lettre et je te promets que cela en valait la peine, même mon mari a eu beaucoup de plaisir à la lire ainsi que les enfants. Tu vois au fond de l’exil, tu en fais des heureux.
(…) Je t’écris en attendant des visites des jeunes qui viennent avec accordéons piano et 2 guitares on aura du bon temps. Violette a été occupée toute l’après-midi à cuire des biscuits et gâteau elle disait si au moins c’était aussi les cousins et cousines de la Suisse comme tout cela serait joli une veillée ensemble. (…)
Ici les récoltes ont donné peu de chose et tu sais comme c’est. Aussi vite qu’on a un peu de sous aussi vite c’est loin. Quand il faut payer des taxes, le magasin, s’habiller etc. etc. tout file. Il nous faut de la pluie par exemple car c’est si sec. On se demande comment le foin a poussé il a fait des chaleurs à cuire tout. Il y en a bien qui n’ont pas eu de foin pas de fourrages en avoine et orge. Nous on a eu assez pour nous. Dieu merci. Mon mari ne coupe pas du bois, car on a un grand Suédois, un jeune de 28 ans qui aide à Charli. S’entendent bien. Ils charrient le bois. Auront bientôt fini. Vont le scier. Ensuite nettoyer le grain le printemps arrive. Et là il faudra se remettre d’aplomb le jardin.
Je te dirai que je suis allée à Winnipeg passer un mois chez Loulou. Il a fallu me décider à aller passer aux rayons X c’est la bile qui me chicane c’est plus sérieux que le foie encore. J’ai pris 2 traitements électriques. Il m’en faudrait encore ça va mieux depuis que je suis un régime. Régime pas mal sévère. Pas de viande, pas de beurre, du lait de beurre. Boire du lait bleu. Manger des légumes et justement on en en a pas eu beaucoup. Des fruits sans sucre. Quoi c’est toujours meilleur marché que le Docteur.
J’ai eu bien du plaisir avec Loulou et tous. Il a une si belle famille et tous bien portants. Loulou pense envoyer son jeune Louis au Locle au Technicum pour apprendre horloger. Loulou est toujours si gai. M’a conduit en auto tous les soirs après souper. Avec Adèle et leur dernière Marguerite qui a 11 ans. Il faisait une cuite que nous restions à la cave les chevaux sur les routes tombaient comme des mouches.
(…) Nous avons aussi le (sic) radio. J’aime beaucoup ça tu sais, nous avons la batterie qui est en bas. Il faut la recharger avec le vent. Nous avons un moulin sur le toit mais il faut du vent. On a pas l’électricité ici tu sais on a pas cette chance.
Nous tricotons aussi. Même filer la laine de mouton ce qui fait de la laine de 1er choix. Dans ce pays de loups il faut bien se mettre à tout.
On va faire boucherie bien vite. Toujours occupée. Aujourd’hui du pain. Repasser etc.
(…)
Chez Ali sont à Washington toujours les mêmes. Ali a vieilli paraît-il. Ont 2 enfants aussi dans les Etats-Unis il y a des inondations du dégât en masse aussi il y en a qui sont sans abri. On est mieux dans notre Canada dans la prairie hein toi Angèle ici on ne risque rien (…)
Et puis te dire si on vit meilleur marché qu’en Suisse ça je ne sais pas. Certaines choses sont bon marché mais ce qu’on vend on n’a rien pour (…). Le blé a monté, mais il redescend aussi vite. Le beurre il est rare les vaches ne donnent presque plus de lait ça vaut 1 f. 50 la livre les œufs aussi 1.50 la douzaine. La laine vaut 7 f. 00 la livre. Seulement presque toutes les femmes filent leur laine. Il y a assez de moutons aux alentours. (…) Il fait bien beau récolter cette laine elle est douce. Cet hiver j’ai tricoté deux tapis de fond de chambre avec des vieilles pattes. Ça est joli. Charli m’avait fait des bonnes grosses aiguilles au moins tu sentais ce que tu tenais quelque chose dans les mains ça aurait pris un tas d’huile pour les coudes ah ! ah ! il faut bien tuer le temps. Violette et Charli ça court au (sic) danse ou veiller ici et là après reviennent ici. Tu devrais les voir petit Jean a ses vacances et il est resté chez sa tante pour cette semaine celui-là il tient de la place ça blague et blague mais mieux vaut comme ça. Mon mari aide Charli ont coupé. 30 charges de bois il est scié. Ça se fait avec la machine. Et vont à la chasse aux chevreuils en ont eu 5. Ça est gai en arrivant quand ils ont eu de la chance. Mais ! s’ils sont bredouilles ah ! c’est une autre chanson. Il y a de quoi rire. Je voudrais te voir une semaine ici. Tu en pourrais raconter aux tiens à ton retour quand les avions viendront tu n’y manqueras pas hein ça va aller vite et il y aura une halte pas loin d’ici. Ils sont occupés à faire une place d’aviation pour atterrir passe juste au milieu de notre petit lac ça sera très intéressant ce printemps ici ça fait du changement. (…)
J’aurais encore beaucoup à dire mais me faut en laisser pour une autre fois et salue tous tes chers enfants. (…)
Ici où nous sommes c’est mélangé anglais. Français. Suédois. Hongrois. Belge. Norvégien. Naturellement que c’est la langue anglaise. Les enfants perdent tout leur beau français ici nous parlons français à la maison. Mais une fois en dehors salut je t’ai vu. C’est dommage. Les catholiques il y en a ici. Quelle religion c’est idiot, aussi on les laisse bien tranquilles. Nous on est trop loin de notre Eglise mais les tantes nous envoient assez de bonnes lectures qu’on en devient bonn hum ? Il ne faudrait pas que tante Rose nous arrive elle nous croirait perdus. Qu’en penses-tu ? Mais on est aussi braves que ceux qui vont chaque dimanche au culte. Avec le radio ça allait bien il y avait de jolis sermons le dimanche matin.
Bien ma chère cousine je te dis bonne nuit et reçois de tous à tous mes pensées affectueuses un tas de baisers bien doux de ceux qui t’aiment bien et ne vous oublient pas. Et à bientôt de tes si chères nouvelles.
Ton affectionnée cousine Berthe.
Une année riche en émotions
L'intégralité de la lettre de Berthe est reproduite ici.
Ci-contre une image de la rue principale de Whitewood en 1913. Tous droits réservés.
Beynes, 8 janvier 1939
A ma chère Angèle et toute la famille
Voilà la Canadienne en personne. Je ne sais pas comment m’exprimer, pour venir te dire un grand merci de ta si chère et bonne lettre, qui a été la bienvenue pour tous, elle est arrivée 2 jours après Noël.
J’étais sûre de recevoir une lettre de toi, aussi, c’est le pourquoi. J’ai attendu de venir te souhaiter ainsi qu’à toute ta chère famille nos bons souhaits. Pour une Bonne Heureuse Année remplie de santé et contentement n’est-ce pas mes chers, pourquoi t’en vouloir de ton silence Oh. Non, je te vois en pensée autour de ta cuisine, partir voir tes chères filles, que tu es bien pardonnée, le plaisir est plus grand après une année d’attente. Tes nouvelles sont si intéressantes que l’on peut juger du changement en Suisse. Et tu as aussi ton travail que le soir, il fait bon aller au lit ? Je suis si heureuse de vous lire tous en bonne santé belle chose ici-bas ; ici tous allons bien.
Je suis allée la semaine passée chez ma belle-sœur chaque année je le fais, cela me repose car ici au bord du Lac, il ne se passe pas un soir sans que nous veillions. Cela me fatigue.
Je crois te l’avoir écrit qu’ici tout se passe autrement. Nous n’avons pas de lait à conduire. Ici dans l’Ouest canadien ce sont les immenses récoltes alors durant l’été, il ne faut pas mettre 2 pieds dans le même soulier ?? Nous pouvons dormir le matin jusqu’à 8 ou 9 h[eure]s. Les 2 jeunes se lèvent les premiers allument les feux et une à la cuisine – Violette et Charli à l’étable. Quelle belle vie, tu vas dire. Mais oui ! Quand on sait la prendre on est au paradis ici. Malgré la misère qui règne encore ?
Tu ne peux te faire idée quel prix nous avons pour nos produits que cela devient écœurant, révoltant, quoi dire ! Quoi faire accepter et attendre les événements du jour. Travailler comme des fous, par de ces chaleurs torrides en été. Et les gros bonnets roulent en autos presque rire de voir les fermiers tant turbiner. Le blé ne vaut que 60 ct ce qui fait 3 f les 100 lb [livres]. Les œufs en ce moment 1 f 25 la d[ou]z[aine], le beurre 90 cts la lb [livre] et plus petite que le poids suisse. Les animaux 20 ct à 25 la l. poids vif. Tu vois que ici comme chez vous le fermier n’a rien.
Maintenant assez parlé de la ferme. Cet hiver ne me bile pas. Je crochète. Brode. Tricote et joue aux cartes.
Noël nous l’avons passé chez ma belle-sœur une tempête de tous les diables, heureusement pas froid et pas loin à aller, je te promets que jamais je n’oublie les belles Fêtes de Noël passées à la chère maison des Replattes. Aussi j’ai toujours un moment où le jour de Noël j’aimerais pleurer, pleurer seule. Vois-tu Angèle. Quel souvenir. Ceux-là ne s’oublient jamais non ? et non ?
Nouvel-An a été très gai. Nous avons réuni quelques voisins fait un souper pour une trentaine après ça. Rouler le linoléum et youp. Danser accordéon piano 2 violons et guitare, boire un petit coup de vin, que je fais chaque année. Et à 4 h[eure]s du matin tous partis le cœur content. C’est la plus belle surprise et cadeau que j’ai fait à nos enfants. Ils sont si gentils ces 2 Violette et Charli. Charli tout le portrait de notre cher aimé Georges. Notre petit Jean va lui ressembler. Il a eu 9 ans le soir du 1er et 2 janvier un gâtion de tous ; il a dansé avec une petite du même âge. Deux marionnettes, et si tu penses à 3 h[eure]s du matin on l’a fait arrêter. Arrive à la cuisine et pleure. Qu’est-ce que tu as Jean. Allez parle, alors il nous sort et bin je ne peux plus danser tu parles de gamin. On a ri tous. Tu peux penser. Et voilà. Qu’est-ce que tu en penses et tes jeunes. S’ils étaient plus proches on en ferait une danse va. ? Comme cela sera beau en famille oh beau. Hein Angèle. Mais hélas et cette distance…
Nous avons eu à part quelques jours bien froids, un hiver magnifique. Idéal mais février arrive et alors on repaie tout le beau.
8 h[eure]s. Je suis bien tranquille. Mon mari est allé voir et jouer aux cartes chez nos bons vieux voisins. Les jeunes sont partis avec d’autres faire une surprise chez un voisin avec musique et le manger pour réveillonner à minuit coutume du pays. Gâteau. Biscuit etc. … pas à boire par exemple ici l’Anglais ne tolère pas la boisson mais nos petites soirées se passent entre Français c’est un mélange par le Canada. Les Anglais il se trouve quelques familles correctes. Les Suédois sont comme nous aiment la joie.
Mon mari m’a fait une fournaise à la cave et je te promets que cela est bien confortable toujours les pieds bon chauds, plus de fourneau qui prend toute la place dans notre chambre à manger on peut au moins bouger. Tu sais ce n’est rien comme en Europe les bâtisses. Il te faudra venir voir hein, plus tard j’aurai des photos à t’envoyer. Il me faut en faire faire mes plantes de maisons ne gèlent pas. J’aime ça les fleurs cela est si gai. Surtout que je ne sors pas beaucoup, mardi soir une bande revient jouer aux cartes alors adieu les écritures
Je ne t’ai pas dit que je suis un peu devenue garde-malade. Je vais te dire cela.
Au mois de juin l’année dernière des amis à Whitewood. C’est-à-dire amis sans être amis, mais ces gens avaient eu habité pas loin d’ici. Et ensuite sont allés au village de Whitewood. La Dame avait 2 enfants. A eu 2 jumelles ensuite une née bien et l’autre morte venue trop vite, s’était fait mal en tirant de l’eau des pauvres diables tu sais. Lui creuseur de puits toujours loin, bon, au printemps dernier se retrouve en position et naturellement manque de beaucoup de fortifiant est devenue malade, si malade. Pas même de l’argent pour aller voir le Docteur et trop fière pour aller quand même que cela a empiré il a fallu la conduire à l’hôpital. Y est restée 3 semaines et l’enfant était mort de 2 mois. Trop tard, tu vois la suite que un jour son mari téléphone si j’irais rester vers sa femme que plus moyen de la tenir à l’hôpital quoi faire dire oui, Violette avait eu mal à un doigt une grosseur lui avait poussé que le Docteur avait dû lui opérer. Ça se trouvait juste au moment-là. Alors je suis quand même partie, car Violette pouvait refaire le ménage. J’avais fait la lessive avant de partir. Et par une pluie que les autos allaient doucement et glissaient cela a pris 3 h[eure]s pour arriver là-bas. Tu parles de route. Enfin je suis arrivée quand même. Tu aurais dû voir cette femme dans quel état. Oh. Seigneur est-ce possible quand j’y pense… Il fallait s’occuper de la malade, du ménage et j’ai passé 3 jours, 3 nuits sans me déshabiller et rendue au bout, qu’une amie étant venue me voir a téléphoné chez moi, que je n’en pouvais plus alors mon mari et ma belle-sœur sont arrivés le 4ème jour et tu peux penser que de me voir et de voir cette femme que ma belle-sœur est restée avec moi. Eh bien, après 2 semaines. Sans se coucher. Cette Dame est morte dans des souffrances épouvantables. Une affaire pareille ne souhaite plus d’y repasser. Voilà il faut se dévouer ma chère et c’étaient des Allemands lui un enragé tout pour Hitler si on avait abandonné sa femme, comme ils font aux Juifs je me demande ce qu’il en aurait pensé. Enfin, je t’assure que cela nous a bien pris un mois pour nous remettre de cette passée. L’été a passé sans autre. Au mois de septembre les conserves de tomates, haricots sont arrivées et Violette s’était engagée pour cuisinière. Cuire pour 30-40 hommes avec une autre Dame à 5 minutes d’ici. Le gouvernement a fait construire un barrage au bout de notre lac pour conserver le lac à 8-10 pieds d’eau avec ces grandes sécheresses cela le baissait de trop même risquer de le sécher. Cela a duré 1 mois ½. Violette aimait ça et elle a beaucoup appris dans la cuisine. Charli lui y a travaillé avec 4 chevaux. Alors il fallait se dénicher au matin à 4 h[eure]s debout. Etre à son travail pour 6 h ½. On se trouvait bien de se lever de bonne heure.
Ensuite nous avons eu des chasseurs des Américains qui venaient du va et vient continuel ici notre maison. Ils l’appellent la maison du Bon Dieu car on reçoit tout le monde pas de différence ah ! ah ! tu vas rire hein. Je te dis que mon fourneau de cuisine en a déjà fait des repas à toute heure. Le Canada quoi…
Bon, au mois d’octobre une voisine était bien malade une que nous avions passé tant de veillées ensemble, l’été venait nous voir, tant rigoler. La voilà clouée au lit 5 mois. Nous on pensait oh ! bien ça va passer non elle a dû aller à l’hôpital 10 jours. Revenir chez elle, retourner etc. Elle avait bel et bien le cancer du goitre tu parles de douleur, angoisse un jour vais à pied la voir et ma fi. Je suis restée 2 semaines et elle est morte aussi le 5 novembre une grosse personne qu’à la fin il nous fallait être 4 pour la retourner remuer dans son lit. Veillée toutes les nuits mais là nous étions bien organisés. Toujours 2 à deux chaque nuit et on pouvait se reposer à tour de rôle et je te promets que malgré tout, je les ai fait rire avec moi. Pas de pleurnichage autour d’une malade. Car cette Dame avait tant peur de mourir pauvre elle est en repos. Je t’assure que ces gens ne m’oublient pas. Des Belges. M’ont donné un souvenir d’elle ! Et que Dieu me préserve de repasser par là.
Maintenant tu sais rien de nouvelles de Suisse à part Charli, ni Henri, rien je sais les nouvelles par tante Rose car elle reçoit des nouvelles des nièces mais ne dit rien car je ne saurais plus ce qui se passe en tous les cas c’est tout un tas d’idiots. Il me semble que pardonner les uns les autres serait bien mieux. Pour ce que c’est la vie hein toi. Pour mon compte, j’ai tout oublié. L’argent ne fait quand même pas le bonheur. Peut-être que ça aide mais dans ces conditions mieux est de ne pas en avoir. Hein là-haut tu salueras tous ces chers. Et salue Paul Huguenin aussi. Je l’aimais bien que de rire là-bas. Quand j’y pense je ris toute seule.
Bien ma chère à une autre fois et à l’année prochaine. Mais tu sais tes nouvelles sont tant les bienvenues que c’est long une année.
Je suis contente que tout va bien chez l’Adèle Jeannet. Heureusement n’est-ce pas.
J’espère que ça ira bien chez Jeannette et que Hitler se fera foutre en l’air ?
Chez Louis sont à nouveau à Winnipeg le commerce ne marche pas bien. Oui Louis doit tout recommencer quelle bêtise de déménager à leur âge.
Le petit Jean a les vacances. Violette n’a pas l’air de fréquenter c’est vive la joie.
Je vais aller faire du levain, faire du pain demain.
Adieu, chère cousine, reçois, ainsi que ta chère famille nos amitiés bien sincères et baisers bien doux de ta cousine et famille.
Berthe
1940-1941 : bon été et bel hiver, mais "quand sera-ce la fin de ce cauchemar, cette horrible guerre..." ?
20 mars 1941 jour du printemps
Ma bien chère Angèle et famille
Eh bien non ! Je n’aurais pas le courage de te faire cet affront, ne pas te répondre. Parce que je savais qu’une bonne et longue missive m’arriverait un de ces jours, et avec tout, que je sais le temps que mes lettres mettent. Ta si chère lettre a mis exact 2 mois.
(…)
Quand sera-ce la fin de ce cauchemar, cette horrible guerre, Dieu seul le sait. Le soleil luit en ce moment, il faudrait bien qu’il luise pour tout le monde et ramène la joie dans les cœurs de tous les malheureux.
Voilà l’hiver au Canada a été bien beau pas trop froid part quelques jours, par exemple ce mois de mars est assez bizarre, il y a eu une grande tempête depuis les Etats laquelle a fait des victimes. Figure-toi froid comme en Sibérie et un vent 75 miles à l’heure, il faisait mieux être au chaud. Mais le froid n’a pas duré.
Je suis heureuse que vos santés sont bonnes, et Dieu merci ; car vous deux là-haut, cela ne doit pas être bien gai parfois. Ici chez nous, nous avons été éprouvés par la maladie il a fallu avoir recours au Docteur 2 fois, 60 f. chaque visite mais cela n’est rien quand tout remarche d’aplomb.
Voilà notre Charli a donc été appelé le 22 novembre 1940 pour faire un mois de service militaire, et alors comme une épidémie de rougeole traînait là-bas et en place de garder ces jeunes les ont tout simplement laissés revenir et dans une fièvre que il a dû se mettre au lit aussi vite il a eu la rougeole pour Noël, donc pas de Noël nous étions en quarantaine. (…) Mon mari a été peu bien, toujours une grande fatigue a encore dû aller travailler pour 2 semaines ensuite aidera Charli à nettoyer le grain pour semer. Je te dirai que nous ne pouvons plus vendre notre blé que, une petite quantité et tu vois pas cher que ceux qui vivent de ça ne sont pas à la noce il s’agit d’avoir ferme mixte, animaux sont à un bon prix. Les fermiers ne savent quoi faire, même qu’on ne pourra peut-être pas semer de blé, juste soigner le terrain pour plus tard c’est assez compliqué quoi. Le beurre, la crème, œufs pas un bien gros prix les œufs de 40 cts la douzaine à 60 cts. Le beurre 1f.25 la livre. La farine tout dépend la quantité depuis 15f. les 30 kg. Et voilà, on a toujours son pain blanc dans un pays à blé ça n’est pas étonnant ?
L’été a été bon 1940 les récoltes, jardins extra, nous avons eu assez pour passer un bon hiver, nous mettons les œufs en conserve dans une eau glacée et ils se gardent d’une année à l’autre nous avions eu des tomates en masse, et de tout quoi ce qu’on a eu de trop l’avons donné à ceux qui n’en avaient pas. Il y a eu beaucoup et il se fait encore du travail pour la Croix-Rouge, nous avons tricoté des chaussettes et bas pour nos soldats, d’autres font des couvertes, cela prend beaucoup de choses utiles et chaudes, il y a toujours de quoi à s’occuper, pas beaucoup de temps à s’ennuyer hein toi cousine.
Les tantes sont au Colorado vivent les trois ensemble, dans la maison que tante Adèle leur a laissée, maintenant la dernière lettre de tante Rose m’écrit qu’elle est avec oncle Adolphe lequel a dû subir une grave opération (…). Je t’enverrais bien sa lettre mais c’est en anglais, moi qui comprends que tout juste alors je te vois toi oui entre les deux on ferait un beau couple de professeurs ah ! ah ! (…)
(…) Violette a été 3 semaines elle a eu une occasion son voyage payé, étant fille d’honneur pour un ami, te dire le plaisir qu’elle a eu, elle qui est pleine de joie, est aimée de chacun même qu’elle a fait connaissance avec une famille de nègres et ne peut assez dire quel bon monde. Elle a trouvé Loulou bien vieilli et plus si gai, Cécile est bien mariée, Marie-Rose toujours à la même place. Louis fils horloger un si gentil garçon, leur dernière une gamine de 14 si gâtée n’est pas facile paraît-il. Leur Jean est marié aussi et c’est ce qui a tant peiné Loulou, il s’est marié sans le dire à ses parents (…). Leur Georges toujours à Toronto pense venir nous voir ce printemps. L’on se réjouit de penser à se revoir.
Il faut que je te dise qu’on a acheté une auto, les jeunes travaillent assez et à notre âge, qu’on puisse jouir un peu de la vie. Nous sommes si loin de tout. Que cela ne s’appelle pas du luxe, mais une grande utilité.
(…)
Pendant que j’y pense, il me reste 3 dents en haut et un grand espace entre tu vois si j’embellis au printemps vais les faire enlever ne rigole pas tu sais, les cheveux pas mal gris qui tournent au blanc bientôt 50 ans ah ! ah ! bientôt vieillard ?
Parlons de fournaise, tu sais celle qu’Edmond a faite nous brûlons que du bois, et je t’assure que c’est bien confortable, on achète jamais de charbon, le bois nous le coupons sur notre ferme le long du lac. Mais avec les années de sécheresse ça en a beaucoup anéantis dans quelques années le bois sera rare, il faudra un peu se retenir de trop bourrer le fourneau. Cela doit sembler au monde pas mal drôle de se servir des vieux fourneaux. Sais-tu que les gens en ville sont trop gâtés tout si facile, en campagne c’est plus difficile de se gâter. Et encore les gens de ville pensent que les fermiers sont rentiers mais on en endure plus qu’eux.
(…)
Pour le radio, je suis de ton avis quelquefois c’est pas mal emm… ? L’été nous ne le faisons pas aller, il fait si beau profiter du beau temps du retour des oiseaux, jouir du bon air et de jolies fleurs. On reste assez dedans l’hiver. Hier j’ai vu un corbeau cela doit bien annoncer le printemps.
(…)
A la garde de Dieu est-ce qu’on se reverra avec ses frères et vous et plus j’y pense, plus je regrette de n’être jamais montée à Pouillerel et allée vous visiter et passer quelques jours avec vous. On a assez eu ri dans cette cuisine des Maillard. Les années filent, filent.
(…) J’ai dû quitter d’écrire, j’ai eu la visite de ma voisine une vieille dame de Belgique, à 70 ans elle vient à pied à travers le lac, nous avons pu causer de nos patries elle a le cœur gros plus une nouvelle ne sait où est-ce que ses sœurs sont et combien d’autres dans le même cas, oui on peut bien avoir le cœur gros avec toutes ces horreurs.
(…)
Je vais envoyer ta chère lettre à Loulou il me demande toujours si je reçois des nouvelles de Suisse, elle va faire le tour du monde. Tu vois. Ecris toujours mieux vaut tard que jamais.
Je mets des lunettes aussi pour écrire, lire et coudre tu vois ah ! ah ! Je voudrais bien voir arriver ta cousine de Californie, peut-être cet été. Alors on pourra te blaguer dessus ! Ah ! ah ! Si tes oreilles te bourdonnent trop fort tu sauras le pourquoi. Notre maison est assez grande pour recevoir les visites.
(…)
Nous allons faire boucherie bien vite, car une fois occupée aux semailles c’est trop tard.
Si tu vois encore Henri tu le salueras bien. Hein ma chère encore merci de ta bonne lettre. Adieu et à l’année 1942.
Ta cousine affectionnée Berthe.
"Tout change beaucoup..."
A la fin de sa vie, Berthe quittera le hameau de Beynes (Saskatchewan) pour la petite ville de Kamloops (Colombie britannique), dont l'image ci-contre montre une vue au début du XXIe siècle. Tous droits réservés.
11 novembre 1955
Ma chère cousine,
Bientôt une année finit et une nouvelle m’étonne ce que ça va nous emmener. J’espère que tu vas bien ainsi que toute la famille, et que vous n’avez pas encore l’hiver. (…)
Eh oui hein cousine Angèle, dans cette vie il faut toujours avoir des ennuis, mais il faut pas se décourager. Ça n’aiderait pas pour sûr plus un mot de Suisse, mon amie de Berne c’est tout. Tous ces jeunes ne pensent pas qu’au Canada. On pense à tous, deux frères, comme si on n’en avait plus tant pis. (…) Tout change beaucoup de nouveautés que de luxe heureusement qu’on n’est pas venu en ces temps-ci. Pas étonnant que toutes ces femmes vont travailler et laissent leurs gosses vivre de l’air du temps, plus surpris qu’il se passe tant de vilaines choses. Plus d’enfants, c’est dommage car c’est si beau les enfants. Noël plus comme avant les beaux souvenirs qu’il nous reste de notre temps temps inoubliables. Que vont-ils découvrir de neuf après les avions-jet etc. Que d’inventions ! Bien vite tout le monde aura son avion, ça ira toujours plus vite mais que d’avions tombent. (…) Avez-vous la télévision en Suisse, les cinés vont bientôt être obligés de fermer leurs portes. Ça se bâtit en masse par chez nous comme ici tellement du monde qu’il faut loger tout ça. Bien ma chère Angèle, encore tous mes bons souhaits et amusez-vous bien. J’aimerais bien aller te surprendre !
Affectueuses pensées et baisers.
Cousine Berthe.
"Quelquefois j’ai bien l’ennui en pensant à tous ceux de la Suisse, si loin."
Image ci-dessous : la ferme d'Angèle Nussbaum aux Maillards sur Pouillerel, à l'époque où Berthe lui écrit.
7 janvier 1936
Ma chère cousine,
Comme tu peux penser, ta si chère et bonne lettre a été de la joie pour moi. (…) Ta belle photo m’a fait un immense plaisir. Que ces enfants ont changé et dire que je ne suis pas allée une fois vers toi enfin c’est comme ça. Tu diras à Willy qu’il a fait effet à Violette laquelle lui dit de venir la voir. Elle dit eh bien maman celui-là je l’aime. Tu parles si on rit. Tu sais elle aura 19 ans cette année et une gaillarde aime la campagne mais n’aimerait pas aller en Suisse. Je te promets qu’elle est gaie. Ce n’est pas les amoureux qui lui manquent mais elle ne s’en fait pas. Il y en a trop de ses amies qui sont mariées et bien dans la misère voilà 5 ans que les récoltes ne donnent plus. (…)
J’espère que ma lettre vous trouve tous bien. Pour ici tous allons bien. Moi j’ai eu une secouée du foie avant Noël ça reva. L’hiver n’est pas trop froid on le supporte bien. Aujourd’hui un temps idéal. Les enfants sont allés avec leur cheval et un toboggan voir leurs trappes ici il y a toutes sortes d’animaux sauvages. Nous avons 9 loups bientôt bons à tuer. Ça bouffe je te le dis.
Et puis que dites-vous des affaires comme cela va mal partout. Et cette guerre en Ethiopie ce n’est pas le rêve quelle tristesse on dirait que pour s’arranger il faut la guerre pas vrai Angèle. Quel fou ce Mussolini.
(…)
Nous nous écrivons toujours avec chez Loulou et Albert. Quand ils viennent l’été en visite nous parlons toujours de tous les Nussbaum et de cousine Angèle on a eu du bien beau temps là-haut à Pouillerel et à ces Maillards tous ces souvenirs ne s’oublient pas.
Je vais te dire que je suis si heureuse l’ami à mon mari nous a apporté son (sic) radio quelle distraction surtout que je ne sors pas. On passe des heures surtout au soir à écouter. Il y a les nouvelles de tout l’univers.
En avez-vous chez toi cela serait un passe-temps aussi (…).
Si tu veux, je t’écrirai en anglais il fait beau savoir 2 langues. Mon mari en cause 4 les enfants rient de l’entendre (…). Tu sais nous avons un journal pour les fermiers et une page spéciale pour les femmes. On peut écrire ce qu’on veut. J’en ai écrit une et depuis chaque jour de poste je reçois une lettre presque toutes de Suissesses on a bien du plaisir une qui a 20 ans qui est par ici vient de Bienne. Il y a aussi pour la cuisine toutes sortes de recettes, tout ça intéresse. Est-ce que tu lis Angèle ? Chez Charli m’envoie les journaux du Locle ce qui m’intéresse. Tu sais les nouvelles de son coin cela fait plaisir.
Je devais recevoir le linge mais rien encore ne sais ce qu’ils foutent pas là.
As-tu des fleurs de maison ? Ici j’en ai à toutes les fenêtres il faut faire attention au frisquet des nuits.
Nous allons bientôt scier le bois sont en train de le couper il y a toujours de quoi à faire avec les fermes je pense que tu tricotes. Ici la plupart des femmes filent et de la belle laine de mouton c’est un travail fou (…) moi je n’ai pas le temps c’est mon fourneau qui me tient occupée. Toujours du monde… (…)
Quelquefois j’ai bien l’ennui en pensant à tous ceux de la Suisse, si loin. Bien ma chère Angèle à une autre fois (…).
Une année difficile
6 janvier 1938
Ma chère cousine et tous,
(…)
Oui voilà une année écoulée et une de recommencée que nos vœux soient exaucés car ma chère encore une de même nous mettrait bien dans une grande misère.
(….)
Mais fais-toi une idée pas de jardinage, pas de récoltes, pas de pluie, pas de sous. Il a fallu vendre presque toute les bêtes à corne ordre du gouvernement, ensuite garder juste de quoi avec ce que nous avons de foin et foin de 2 ans tu vois les fermiers nourrir les bêtes à la paille Dieu merci que nous avions du foin d’avance le gouvernement doit aider. Donne pour le magasin chaque mois 60 f. à donner pour habits 150 f. mais ? Mais cet argent en dollars tu verras ce peu que cela donne le dollar ne vaut pas 5 f. Je pense qu’en Suisse il a un peu monté. Le dollar doit valoir 4f.95 si je ne me trompe pas. Maintenant nous sommes encore mieux que beaucoup. Chez les tantes et frères nous envoie des habits et comme nous sommes tous dans la même trempe en grosseur tout nous va à souhait ah ! ah ! Tu vois quand il n’y a pas de pluie quelle purée on ramasse et malgré tout il faut garder son sourire et bonne humeur.
Mais je te dirai que nous avons eu tous les légumes voulus, des donations et du gouvernement. fromage, poissons, etc. haricots secs. On ne crève pas de faim c’est là une belle chose. Je vous vois lire ça oh bien alors comme cela doit être là-bas. Venez on vous foutra une bonne cuite du vin du pays, et à manger des gâteaux etc. Là on pourrait rire hein Angèle.
Et puis nous n’avons plus le radio quel dommage mais pas les moyens de le remonter tant pis on espère en acheter un cette année si l’année est prospère.
Oui je parle l’anglais tu rirais de m’entendre si tu veux l’apprendre mets-toi une pomme de terre chaude dans la bouche et fous-y. Essaie de dire yes. Ça veut dire oui et tu me diras quoi.
(…)
Reçois ma chère cousine bons baisers et mes affections ainsi qu’à toute ta belle famille.