Déneigement à La Chaux-de- Fonds dans les années 1930
Quand on "désencombrait" rues et trottoirs.
Les Mémoires de Roger Schlup, rédigés en 2007, nous livrent une foule de renseignements sur le milieu ouvrier de La Chaux-de-Fonds dans lequel l'auteur a grandi. Nos dossiers Chômage d'hier ou Ambiances de Noël en ont déjà donné des aperçus.
Nous profitons de remercier ici le DAV (Département audio-visuel de Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds) pour la mise à disposition des photos illustrant ce dossier.
Des hivers rigoureux
Extraits:
Arrêtons-nous un instant sur les frimas de ce temps-là. Il a déjà été dit et redit que les hivers étaient plus rigoureux, la neige plus abondante que ce que nous connaissons ces dernières années (sauf pour l'hiver 98-99); oui, certes il y en avait, des tas au sens propre et au sens figuré. Ce qui m'est particulièrement resté de ces froides saisons du Haut-Jura, en ce qui concerne ma prime enfance plus spécialement, c'est la façon dont on "désencombrait" certaines routes pour qu'elles restent praticables. C'est à bon escient que j'emploie ce mot barbare, lourd, et non pas le verbe déneiger, qui lui, plus léger, laisserait supposer que les artères apparaissent propres après le passage des engins, comme nous l'exigeons aujourd'hui! Hormis les trottoirs latéraux de notre "Grande Avenue", de notre "Canebière", de notre "Promenade des Anglais", de notre cher "Pod", ceux-ci n'existaient de toute façon plus dans toute la ville, jusqu'au printemps. D'une part il fallait unel place pour stocker la neige à enlever sur les routes, au cas où les Services de la voirie seraient disponibles pour des travaux subalternes. D'autre part vu le danger d'avalanches consécutif aux amas de poudre blanche sur les toits et les glaçons, souvent de plusieurs mètres de long, pendus aux chenaux des immeubles bordiers.
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Les engins
Des chevaux et des hommes
Il n'y avait en tout et pour tout engin de "désencombrement", mis à part les nombreuses pelles maniées par les chômeurs, que les triangles en bois; tirés par quatre, six, voire même huit chevaux sur les grandes routes La Chaux-de-Fonds-Le Locle, La Chaux-de-Fonds-Neuchâtel ou la route de La Cibourg, direction le Vallon de St.-Imier. La sueur dégagée par les bêtes démontrait le côté pénible de ce travail. Les chevaux de tête enfonçaient dans la neige bien souvent jusqu'au poitrail. L'effort demandé était continu, il n'y avait ni plat, ni descente où la charge s'allégeait. Il fallait souvent leur donner du "picotin", ceci en général devant un "bistrot" de campagne!
Il faut rendre cette justice pour les hommes ce n'était pas plus facile non plus, ils se devaient de diriger le triangle de façon que la piste reste sur le tracé originel de la route. Pour réaliser ce désir de perfection, ils s'arc-boutaient contre les longerons arrières de l'engin, afin de repousser les remparts de neige. Ceci ne pouvait se faire si le gel ne rendait pas ces derniers intraitables, durs comme du roc.
Les responsables de ces travaux devaient régler la largeur du "véhicule" pour que l'ouverture de celui-ci coresponde, le mieux possible, au gabarit de la route qui devenait de plus en plus étroite après chaque passage. Parfois ils s'asseyaient sur les traverses du triangle afin d'alourdir l'engin et d'essayer, par ce subterfuge de prendre plus profondément dans la masse neigeuse. il arrivait souvent des accidents durant ces activités hivernales de "désencombrement" ou ces essais de déneigement.
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Une circulation réduite et chaotique
Des rues et des trottoirs à plusieurs niveaux...
La circulation était très réduite durant cette période de l'année, la plus dense se situait le matin de huit à onze heures. Elle était occasionnée par les "glisses" des paysans des environs de la ville qui venaient livrer leur lait.
Mis à part ces derniers, "les paysans-laitiers", (voir un de nos prochains dossiers, ndlr) le trafic automobile était quasi inexistant, du moins les jours de fortes précipitations.
Les rues de la ville appartenaient aux piétons. Il fallait escalader une dénivellation très marquée entre les artères principales, plus ou moins "désencombrées", et les rues laissées à l'abandon en attendant des jours meilleurs. La différence de niveau la plus pénible à passer et qui posait de véritables problèmes consistait à franchir les dépressions dues aux voies du tramway, pour les attelages voire même dans certains cas de verglas, pour les piétons. Les rails se trouvaient toujours à la même "altitude", au niveau du sol et en toutes saisons, alors que la neige s'accumulait de part et d'autre de celles-ci!
Pour l'Avenue Léopold-Robert, par exemple, nous avions plusieurs niveaux. Les trottoirs latéraux, recouverts par une couche de neige ou de glace de dix à vingt centimètres, ceci selon les bons soins du propriétaire bordier responsable de l'entretien de son secteur. Le trottoir central, avec deux à trois mètres de neige amoncelée par les ouvriers de la voirie, séparait les deux artères creusées par de profondes ornières. Les "glisses" et les rares véhicules motorisés cherchaient à se frayer un passage.
La circulation sur l'artère sud subissait, en plus, les entraves causées par les trams. Malheur aux véhicules qui dérapaient, tombaient au fond des ornières en longeant les voies. Pour les sortir de cette fâcheuse position il était fait appel à des piétons de passage pour pousser, tirer et quelquefois soulever l'engin hors les rails.
En ce temps-là n'existaient ni les pneus neige, ni les pneus à clous, peut-être les chaînes, je ne m'en souviens pas, de toute façon, ce n'était pas encore mon problème!
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