Histoire de bas
Un legs surprenant et... intriguant.
Voici un mini dossier qui mériterait d'être un jour étoffé. Malgré le peu d'informations dont nous disposons, nous ne résistons cependant pas au plaisir de le mettre en ligne.
Lors de l'inventaire d'un fonds parvenu récemment en vrac aux AVO et sans documentation précise permettant d'identifier la provenance de documents très divers, quelques pages d'un petit carnet ainsi que deux billets épars ont retenu notre attention. Ils concernent un bien auquel la personne qui écrit semble particulièrement attachée: la liste de ses bas.
Le petit carnet, sorte de livre de raison, porte la mention suivante: J'ai acheté ce petit portefeuille le 8 juin 16 batz à Bâle il appartient à S. Pettavel de Neuchâtel en suisse année 1797. Les premières pages concernent son séjour en Allemagne tandis que dans les suivantes, elle dresse la liste de ses bas. Le compte est fait lors des lessives d'avril 1809, avril 1811, mai et novembre 1812, janvier er octobre 1814, mars 1815 et juillet 1862. Deux billets de la même écriture, retrouvés parmi les autres documents du même fonds, énumèrent également le nombre et la sorte de bas que possède S. Pettavel. Un des billets est daté de 1839.
Si hommes et femmes ont longtemps porté des bas, l'avènement, au XIXe siècle, des pantalons longs tubulaires pour les hommes rend les bas superflus. Les bas racourcissent et deviennent les chaussettes qui font désormais partie intégrante du vêtement masculin. Dans le même temps, les bas féminins gagnent en finesse et en ornementation tout en restant cachés sous la robe jusque dans les années 1920.
Notre petite trouvaille soulève quelques questions: pourquoi S. Pettavel accorde-t-elle une telle importance aux bas qu'elle souhaite léguer à ses enfants? En ont-ils finalement hérité? Par qui et dans quelles circonstances ces documents révélateurs (d'une mentalité, d'un milieu social, d'une époque) ont-ils été conservés?
Notre dossier ne prétend pas répondre à toutes ces interrogations mais souhaite faire partager-là quelques uns des petits trésors que recèlent les archives de la vie ordinaire et qui rendent l'histoire si vivante.
Un petit portefeuille rouge
Parvenu parfaitement intact jusqu'à nous, un petit portefeuille en cuir rouge se compose d'un compartiment à soufflet, d'un carnet de notes et d'un crayon. Une table de multiplication soigneusement rédigée ainsi qu'un billet portant le titre: Paroles de mon mari en quittant son fils Auguste. Le carnet a visiblement été complété à différents moments de la vie d'une même personne.
D'une écriture malhabile laissant supposer qu'on est encore en présence d'un enfant ou d'une très jeune fille on lit: J'ai acheté ce portefeuille le 8 juin 16 batz à Bâle il appartient à S Pettavel de Neuchâtel en suisse année 1797 La suite de la page est illisible.
Sur la deuxième page, la propriétaire du carnet raconte une visite chez son grand-père: Je suis arrivée à Ramsestet[illisible] le 14 août 1797...
A la troisième page, elle indique qu'elle revient à Bâle où il se fit une grande révolution par raport au gouvernement.
Puis: Je revins à Neuchâtel au mois d'Aoust 1798
Les pages suivantes ne sont plus consacrées qu'à l'énumération de ses bas.
A la fin de carnet, elle note au crayon combien d'argent elle possède.
Tous comptes faits
Lescives
Lescive avril 1809
J'ai destiné une douzaine de paires de bons bas à mes fils lorsqu'ils seront en âge de les porter et je me trouve en avoir pour mon usage 55 paires. (ndlr:Le chiffre n'est pas clair, il pourrait s'agir de 65.)
Lescive d'avril 1811
63 paires de bas tant en fil qu'en coton.
Lescive may 1812
62 paires de bas
Lescive novembre 61
Des bas pour l'été
Au verso de l'un des deux billets portant la mention Compte de mes Bas, S. Pettavel (l'écriture laisse en effet supposer qu'il s'agit très vraisemblablement d'elle) dresse la liste de ceux qu'elle porte en été:
Bas de coton que je met dans mes affaires
6 fin coton tricoté
2 paires grossiers
2 paires coton ouvragé
ceux ci sont destinés à mettre l'été à mon usage.
De toutes sortes
Comptes de mes Bas blancs. 1839
L'auteur de cette seconde liste est vraisemblablement le même que celui mentionné ci-dessus. Comme précédemment, on pourra observer la variété de sortes et le nombre.