En vacances... dites-le avec des fleurs!
Les joies de la botanique
Datant du premier quart du XXe siècle, plusieurs correspondances de vacances conservées aux AVO, témoignent de l'intérêt et des bonnes connaissances en botanique des auteurs de ces lettres.
Aux récits détaillés des journées, faites de repos, de randonnées, de repas copieux, s'ajoutent des renseignements sur la météo ainsi que, très souvent, l'énumération des fleurs observées durant les balades. Nommées en français et parfois en latin, elles sont aussi dessinées voire ajoutées à la lettre. De retour d'excursion, les vacanciers en envoient à ceux qui sont restés à la maison; ceux-ci les recevront d'ailleurs le lendemain déjà, grâce aux services d'une poste encore fort rapide...
On les ramassait à la poignée...
En vacances avec son oncle et sa tante à l'Hôtel du Glacier de Tourtemagne, à Meiden (Valais), un jeune Neuchâtelois (dont nous avons respecté le style, l'orthographe et la ponctuation) écrit successivement à ses parents et à sa soeur en leur donnant force détails quant aux repas à l'hôtel (l'air de la montagne lui donne de l'appétit), aux excursions et aux découvertes qu'il fait. Les lettres ne sont pas datées mais elles ont probablement été écrites peu avant 1900, leur auteur étant né en 1883.
Extraits:
Samedi
Chère Maman,
Dans ce gros paquet que nous t'adressons nous t'envoyons des fleurs, et principalement des edelweiss que nous avons trouvés à la Forteletta de la vallée de Tourtemagne à la vallée d'Anivier. Le mauvais temps du commencement de la semaine a changé en une temps splendide et de 0 degré ou était le termomètre dans la nuit de mercredi à jeudi est monté à 15 ou 16 degrés chaleur habituelle, on transpire cependant dès que l'on marche tant soit peu, on se vêt légèrement, Aujourd'hui nous nous reposons de notre course à la Forteletta car le tour de cadran a prêsque été la durée de notre expédition. Si tu le veux, je te raconterai notre course. (Suit le récit très détaillé de la course)
(...) De tous ces endroits où nous nous arrêtons, oncle Paul (il s'agit très probablement de Paul Godet (1836-1911), professeur d'histoire naturelle au Gymnase de Neuchâtel et frère du conservateur Alfred Godet) dessine et a ainsi une charmante collection de vues. Après une petite halte nous continuons notre chemin qui va en montant et en descendant sur une petite distance mais bientôt notre montée commence, le chemin est très rapide et rocailleux à tout moment il est changé en ruisseau. Oncle Paul accablé par la chaleur propose de prendre q.q.ch. et Mme Le GrandRoi et lui prennent une absinthe pendant le temps ces dames cherchent des fleurs, tout à coup le mot "Edelweiss" retentit. Aussitôt nous montons une pente très raide et nous nous trouvons dans un champ d'Edelweiss, on les ramassaient à la poignée; après avoir rempli chacun un mouchoir nous continuons notre route. Le chemin est de plus en plus mauvais et devient plus rapide et rocailleux les renoncules glaciale, les androsaces helvetica avec leurs petites touffes rose, les tapis de silène acoulis, les saxifrages opositifola forment de petites touffes et abondent en ces lieux; après une montée nous traversons une petite tache de neige et un bout de chemin rapide termine notre grimpée; nous sommes au somment de la Forteletta. De là c'est surtout du côté de l'ouest que s'étend la vue à gauche nous voyons la Dent Blanche puis le Grand Combin, et plus loin les Diablerets, la vue s'étend encore sur d'autres montagnes difficile à déterminer sur la carte, bref c'est très beau.
La description de la descente est aussi détaillée que celle la montée.
(...) C'est ainsi que nous avons passé une belle journée quoique assez chaude sauf au somment du col. Adieu chère Maman, toutes mes salutations é tous ceux que vous voyez, à Cécile, Elna, Caroline, et reçois un gros baiser rafraîchissant de ton fils. Charles
Dans la boîte à herboriser
Jaques et Elisabeth
Les fleurs sont très présentes dans les lettres que s'écrivent Jaques Henriod et Elisabeth Veyrassat durant l'été 1916 (cf notre dossier Une petite flamme en moi s'est allumée...).
En vacances, lui aux Rasses (Vd) et elle aux Mayens de Sion (VS), ils racontent leurs journées, leurs lectures et énumèrent souvent les fleurs rencontrées sur le chemin des balades.
Extraits:
Mardi 18 juillet
Mon amie,
(...) Dimanche, après le culte, nous sommes partis Agnès et moi pour la montagne, le Chasseron, les Rasses. Quand la montagne nous regarde d'une certaine façon, le matin, nous ne pouvons plus y tenir, il faut que nous partions. Nous enfilons dans nos boîtes à herboriser, du pain, du chocolat et quelques figues séchées, puis départ. Nous avons trouvé deux arnicas, puis des crépides orangées, des véroniques bétacunga, quelques anémones à fleurs de narcisses attardées, des trolles d'Europe et des compagnons rouges, des reines des prés. Nous sommes rentrés glorieux et maigres à 9 heures du soir.
Voilà déjà mes pages terminées! Qu'il fait bon parler avec vous, serait-ce de choses insignifiantes. Jaques
Le langage des fleurs
Il paraît qu'une jeune fille n'envoie pas des fleurs à un monsieur...
Elisabeth ne se contente pas de décrire les fleurs qu'elle voit durant ses randonnées: elle les envoie à celui qu'elle aime.
Extraits:
Le Chardon Bleu, les Mayens de Sion samedi 22 juillet 1916
Mon ami, Jaques,
(...) Il faut que je raconte l'histoire du carton de fleurs. C'était donc mercredi, je suis montée avec deux domestiques à 3h. d'ici. Comme je mettais dans mon sac, deux boîtes à sucre créoles, Maman me demande: pour qui? Et je lui réponds pour Salomé une ancienne petite malade et pour Lui. Mais il paraît qu'une jeune fille n'envoie pas des fleurs à un monsieur. Je le savais bien, mais je pensais que quand même... Je pars donc. Et à toutes les fleurs que je voyais, je regrettais que vous n'en puissiez jouir. Alors je me suis dit que si lui ne pourrait en jouir, Madeleine, sa soeur qui est malade, en jouirait beaucoup, et lui par contre coup.
Aussi, le soir, je remplis ma boîte, je la ficelle et je m'approche de Maman en lui demandant à voix basse (il y avait beaucoup de monde) "pour sa soeur" Maman me répond "oui" mais pas convaincue. La boîte part quand même au moyen du facteur qui passait. Une fois seules, j'interroge Maman, (ndlr: au sujet de la décision du père qui n'a toujours pas donné son accord pour cette "liaison"). Aussi la seule chose qui me reste à faire, c'était de rattraper le malheureux carton en me levant à six heures moins le quart et le redemander à la poste. J'emprunte un réveil... et me réveille à 6h20! Le réveil n'avait pas marché!!! Savez-vous que la première pensée que j'ai eue en me réveillant si tard, c'était que Jésus n'avait pas voulu que je rattrape le carton. (...)
La réponse ne tarde guère:
Fleurier, lundi 24 juillet, est-ce bien le 24, mystère?
Mon amie,
(...) Oui, les fleurs m'ont fait grand plaisir. Quels beaux rhododendrons foncés! Et les myosotis s'accordent bien avec les luzules (est-ce des luzules?)
Fleurs de juillet
Fleurier, vendredi soir 28 juillet
Lise mon amie! me voici enfin.
(...) Ces jours, j'ai singulièrement négligé le jardin. Il y a encore, en fait de fleurs, de grandes campanules, des épervières orangées et cilliées, des pavots des Pyrénées jaunes, et des pavots d'Islande blancs, des roses du Bengale, des immortelles blanches, longues sur tiges, des valérianes, des orpins (sedum), des violettes (cornuta? pas pures), des lysimaques verticillées, un genêt qui n'est pas un genêt, mais que je n'ai pas réussi à déterminer, et des saxifrages variés.
PS. Lundi matin.
Lise! Monsieur votre père m'a écrit! J'ai reçu la lettre hier. Que je suis content!
Au revoir, Lise, je vous aime. Jaques
Echanges floraux
Dans la volumineuse correspondance que Paul Vogel échange avec sa famille alors qu'il travaille à Leysin (cf. notre dossier Des passionnés de montagne), on trouve d'innombrables récits de courses en montagne et, ici et là, des allusions "florales". De Cormondrèche, sa mère lui envoie des fleurs de son jardin tandis que Paul, en retour, lui envoie celles qu'il a cueillies au cours de ses randonnées. (Orthographe et ponctuation respectées)
Extraits:
Cormondrèche, l8 juin 1928
Cher Paul, Ces quelques mots pour te remercier des anémones que nous avons reçu, elles sont encore bien belles, surtout dans l'eau elles ont bien repris, ez je t'envoie quelques oeufs, j'espère qu'ils arriveront bien entier, et je me permet aussi de t'envoyer encore quelques fleurs pendant qu'elles sont encore belles fraîches et que c'est encore la saison et j'ai justement un moment, c'est pourquoi je profite. (...) Reçois cher Paul nos meilleures salutations de toute la famille. ta maman.
Cormondrèche, 15 juin 1928
Cher Paul, Je profite de t'envoyer ces quelques fleurs pendant qu'elles sont encore fraîches puisque tu les aimes. C'est dommage de les laisser se gater au jardin, autant en profiter. je ne t'écris pas beaucoup, parce que je suis presser pour aller à la vigne. (...) Merci mille fois et reçois nos bonnes salutations. Ta maman.
Leysin, 22 juin 1924,
Mes Chers, Je vous envoie quelques rhodos et plantes provenant de la descente de la Cabane des Diablerets au Col du Pillon: renoncules des glaciers, linaires des alpes, dryades à huit pétales etc... qui j'espère prendront dans la rocaille. (...) Meilleures amitiés. Paul
Leysin, 4 juillet 1933
Mes Chers, (...) Samedi, nous avons été au Famelon et n'avons plutôt fait qu'une promenade. (ndlr: Paul Vogel étant souffrant, il a dû renoncer à une course en montagne) Vous avez sans doute reçu les rhododendrons que Tep aura mis à la poste hier; ils ne sont pas très avancés, il a fait toujours si mauvais, en tous cas le mois de juin. ce mois-ci s'annonce meilleur, je puis dire adieu aux bisses durant celui-ci. (...) Meilleures amitiés. Paul
Dans ses cahiers et registres de courses, Henri Baldrachi (cf. notre dossier Des passionnés de montagne), se fait visiblement plaisir en ses récits agrémentant de croquis de varappe, de sommets alpins mais également de fleurs, de papillons ou d'oiseaux.
L'avant-dernière page du premier de ses deux grands registres conservés aux AVO, porte le titre de: Petit Calendrier des fleurs des Alpes (reproduction) dont le texte commence par:
Il n'y a pas de serre d'horticulteur où l'on puisse grouper en bouquet, des fleurs aussi variées qu'au long d'une seule course de montagne. C'est qu'à l'extrême diversité des espèces, l'alpe joint la simultanéité des saisons étagées d'altitude en altitude.
Suit alors, de mars à septembre, une longue énumération de fleurs alpines dont Henri Baldrachi a soigneusement souligné les noms en rouge. Un de ses récits fait allusion aux fleurs cueillies dans les Alpes, dans le but de les transplanter dans le "jardin botanique" (rocaille) d'un ami.