Les foins, le Tour de France et le petit garçon
Activités estivales d'un enfant de paysans des années 1950
Parmi les nombreux souvenirs d'enfance que raconte Charles Brunner dans ses Traces de vie, nous retiendrons notamment le récit dans lequel il associe foins et Tour de France, deux événements incontournables de l'été.
Quand la plupart des travaux des champs se faisaient encore à bras, les foins occupaient une grande partie des vacances scolaires de sorte que les enfants de paysans ne manquaient pas d'être mis à contribution. Les tâches qui incombaient au petit Charles étaient plutôt originales comme le révèlent ses souvenirs!
Les foins
Toutes les vacances (ou presque) y passaient!
Sentiment mélangé quant à la période des foins que j'ai vécue dans mon enfance...
Toutes les vacances (ou presque) y passaient! Cela prenait du temps car nous n'avions ni tracteur ni auto-chargeuse. Tout se faisait à bras, à part le fauchage mécanique. Bien que les charges qu'on me confiait n'étaient pas des plus pénibles, il fallait être disponible durant toute la journée de fenaison. Ma tâche principale était d'aller apporter à boire à ceux qui travaillaient dans les champs.
Cela pouvait commencer de très bonne heure: mon grand-père fauchait à la faucheuse tirée par deux chevaux depuis 5 heures du matin et vers 7h. j'allais lui apporter le café dans une très belle petite cafetière en terre noire.
Le ravitaillement des faucheurs manuels
La limonade maison
Il fallait ravitailler également les faucheurs manuels, saisonniers fribourgeois, toujours les mêmes, qu'on engageait année après année. Il y avait Gabriel le grand maigre avec son béret, toujours souriant et très gentil et Louis qui ressemblait à Ferdi Kubler, le champion cycliste de l'époque et les autres... moins réguliers peut-être.
Ainsi régulièrement, à chaque heure de la journée, je passais vers eux pour les abreuver. Les boissons que je leur versais dans l'unique verre commun à tous était essentiellement du vin rouge que souvent on coupait avec de la limonade "maison".
Au fond du verre, il était d'usage de laisser un petit peu de liquide que l'on déversait d'un coup sec avant de passer le récipient au suivant, comme pour le purifier après son emploi. La "limonade" était donc fabriquée par nos soins. Dans de grands pots de terre remplis d'eau, on faisait macérer la fleur de sureau noir, le citron, les raisins secs et le sucre qu'on laissait au soleil durant plusieurs jours. Puis, c'était la mise en bouteilles (ma mission principale dans cette opération) et celles-ci étaient entreposées dans la fraîcheur de la cave jusqu'à ce que des gaz fassent pétiller le liquide. Il arrivait parfois que des bouteilles éclatent avant l'emploi mais de toute façon, à chaque ouverture de bouteille, il fallait se méfier de la sortie intempestive du liquide fougueux... mais tellement délicieux!
Le Tour de France
Rapporteur de reportage
Mon autre travail d'importance était celui de "rapporteur de reportage":
Mon père était un passionné de cyclisme et particulièrement du Tour de France. Durant celui-ci, qui coïncidait obligatoirement avec la période des foins, il s'abonnait à "L'Equipe" et au "Parisien libéré", journaux français qui donnaient tous les classements des étapes. mais il voulait aussi avoir les résultats du jour en simultané et comme il n'était guère possible de quitter les champs pour entendre le reportage en direct à la radio, j'avais pour mission d'écouter celui-ci sur le vieux poste familial (les radios à piles n'existaient pas encore!) et de rapporter fidèlement les résultats de l'étape sur le pré.
Cela a certainement participé à ma "culture" cycliste et à mon intérêt toujours bien présent pour ce sport.
La "fête des foins"
Entre fatigue et réjouissances
Il est certain que ces petits travaux auxquels je devais me soumettre ne me convenaient pas toujours et souvent interrompaient malencontreusement une observation passionnante d'un insecte ou un jeu avec un copain que j'enviais d'être "libre".
Cependant, mon père qui travaillait durement dès 4h ou 5h dans les champs, savait rythmer la journée et faisait toujours sa sieste, son "sommeil" comme il disait.
Il y avait les "dix heures" et les "quatre heures" sur le pré ou à l'ombre d'un char de foin, ma mère déballait pain, fromage, saucisse, lard, vin et thé à la cannelle.
Après le souper, il n'était pas question de décharger un char, la journée de travail était terminée!
Le plus beau moment était sans doute la "fête des foins"!... Peut-être pas pour ma mère qui était au fourneau toute la journée (mais encore... elle aimait ça!). Il était de coutume d'inviter tous ceux qui avaient participé aux travaux écoulés c'est-à-dire aussi les gens du village qui avaient donné un coup de main un samedi ou durant quelques jours de vacances. Une trentaine d'assiettes étaient préparées dans la "grande salle" du "Café Suisse" (l'ancienne fonction de ma maison natale). Après le repas, mon père se mettait au piano, souvent accompagné de ma Tante Minette, et on dansait et festoyait jusqu'au petit matin.