Une enfance socialiste à La Chaux-de-Fonds (années 1930)

Les gamins "Avant-coureurs socialistes"

Les Mémoires de Roger Schlup, rédigés en 2007, nous livrent une foule de renseignements sur le milieu ouvrier de La Chaux-de-Fonds dans lequel l'auteur a grandi. Nos  dossiers Chômage d'hier ou Ambiances de Noël en ont déjà donné des aperçus. 

Ce nouveau dossier s'arrêtera sur (ce) monde ouvrier d'alors (qui) n'avait pas honte de s'afficher socialiste et syndicaliste, de fréquenter sa "Maison", sa chère "Casa".

Enfant, Roger Schlup a participé activement à l'arbre de Noël du "Cercle Ouvrier", aux manifestations du Premier mai au sein des groupes "Charles Naine" ou "Matteoti" et chanté "l'Internationale " dans les camps de vacances de la Jeunesse socialiste. 

 

 

Activités culturelles et syndicales à la "Maison du Peuple"

L'amélioration des connaissances et la relaxation par le divertissement

Depuis 1932, nous, les gamins, faisions partie des "Avant-coureurs socialistes". Au début, j'ai le souvenir d'avoir appartenu au "Groupe Charles Naine", plus tard, au "Groupe Matteoti". Notre lieu de rassemblement, le samedi après-midi, se situait d'abord à la rue du Rocher, au-dessus de la "Glaneuse", par la suite à la "Maison du Peuple" à la rue de la Serre. Mes jeunes oreilles ont entendu  dire, il y a fort longtemps, que cette imposante bâtisse fut érigée par la Commune et grâce à de nombreux sponsors, surtout du patronat juif du lieu. Les fabricants d'horlogerie désiraient garder la main-d'oeuvre à La Chaux-de-Fonds. Ils mettaient à la disposition des ouvriers de la place des locaux permettant l'amélioration des connaissances et la relaxation par le divertissement. Ce bâtiment débordait d'activités sportives, musicales, théâtrales, littéraires et syndicales.

Manifestations du Premier mai

Défilé, fanfare et Internationale

Le Premier mai des années mil neuf cent trente nous, les "Avant-coureurs" eûmes l'occasion et l'honneur de participer au défilé, avec toutes les sous-sections des "Organisations ouvrières", fanfare de "La Persévérante" en tête. Ce cortège, sur l'avenue Léopold-Robert, précédait le grand meeting ouvrier sur la place de la Gare ou, suivant les conditions météo, au "Cercle". Je me souviens vaguement qu'une année il fallut ouvrir l'avenue au triangle communal (ndlr: Il s'agit en fait d'un triangle de bois tiré par des chevaux et faisant office de chasse-neige) pour que puisse se dérouler le cortège. La manifestation se terminait par le chant d'ensemble de "l'Internationale IV". En ce temps-là, la Russie représentait le pays le plus beau du monde, le pays de la liberté totale (quelle erreur de la part de nos aînés Jules Humbert-Droz, André Corswant).

Loisirs des "Culs rouges"

Occupés à la campagne plutôt que de rôder en ville 

Les "Avant-coureurs" ou "Culs rouges" disposaient pour leurs loisirs de fin de semaine, dans un premier temps, d'une fermette abandonnée au fond du Valanvron, par la suite, d'un véritable chalet aux Bulles, au lieu-dit "La Haute Maison". Que de jeux furent organisés en ces lieux, du chalet nous descendions à la Maison Monsieur faire un tour en barque sur le Doubs, par exemple. Nos ressources provenaient du Parti, des Coopératives réunies et de quelques sponsors avertis qui préféraient nous voir occupés à la campagne plutôt que de rôder en ville les fins de semaines. 

Nos moniteurs organisaient, une fois l'an, toujours dans notre "Maison", comme de bien entendu, une soirée agrémentée par les différents groupes et par la Jeunesse socialiste, nos aînés.

En été, chaque année pendant les grandes vacances, un camp sous tente, permettait à cette ribambelle de gamins de s'évader à moindre frais. En général, cette réunion se situait à proximité d'un lac, pour une durée de trois semaines. Comme nous chantions plus facilement "l'Internationale" que les chants patriotiques, nous ne fûmes pas toujours bien accueillis par les Autorités militaires lors de ces rencontres estivales. Je crois me rappeler qu'à Bôle, ils avaient dû plier bagages pour s'établir ailleurs. Le colonel de Perrot, sauf erreur, commandant des écoles de recrues d'alors, n'aimait pas cette ravigotante mélodie. L'ensemble de cette organisation de jeunes fut dissoute en 1942-1943 par manque d'effectifs et surtout de finance. J'en fus un des derniers.

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