Une rentrée scolaire en 1951
De Londres à la vallée de La Brévine
En octobre 2010, Hermine Jacot, institutrice aujourd'hui retraitée a éprouvé le besoin de retourner dans ses souvenirs pour rédiger un court récit intitulé Le Bois de l'Halle, 1951-1954, Souvenirs d'une tranche de vie.
Alors qu'elle revient d'un séjour linguistique en Angleterre, Hermine Jacot fait ses premières armes dans la petite école du Bois de l'Halle, sur le territoire de la commune de La Brévine. Le contraste est grand entre la vie de la métropole que la jeune fille vient de quitter et cette école de montagne qui avait déjà servi de cadre à une nouvelle d'Oscar Huguenin intitulée Un début, évoquant précisément les débuts d'une jeune institutrice de Noiraigue, Cécile Jeannet, dans les années 1850.
Bien que presque un siècle sépare les deux histoires, les similitudes sont nombreuses comme le montrent les extraits que nous avons choisis.
Contrastes
J'avais 21 ans...
Extraits:
J'avais 21 ans. J'avais quitté Londres à regret ; ce séjour avait été la chance de ma jeunesse, mais il fallait bien travailler, n'est-ce pas ? Ma recherche d'un emploi auprès du Département de l'instruction publique avait abouti, heureusement, mais la seule classe disponible en ce mois d'octobre 1951 était l'école du Bois de l'Halle, dans la commune de La Brévine.
Le contraste entre la grande métropole et les hauts plateaux jurassiens allait être énorme, mais j'étais préparée à cette nouvelle étape, j'avais confié ma vie et mon avenir à Dieu et je croyais alors, comme je le crois encore aujourd'hui, qu'il conduit toutes choses. Et puis, mes parents qui habitaient Neuchâtel, allaient m'épauler comme seuls les parents savent le faire.
La Brévine est appelée à juste titre la Sibérie de la Suisse et les Bréviniers sont fiers de ce titre de gloire ! Le thermomètre officiel est situé sur une colonne de pierre, au beau milieu de la place du village. La commune, très vaste, comprend de nombreuses fermes isolées, certaines difficiles d'accès en hiver. A l'époque dont je vous parle, c'est-à-dire au milieu du siècle dernier, La Brévine avait quatre écoles d'environs pour éviter à de nombreuses familles d'envoyer leurs enfants jusqu'au village. C'étaient Les Taillères, au bord du lac du même nom, Bémont, plus à l'ouest aux confins de la commune, La Châtagne, sur la route qui longe la vallée en direction de La Chaux-du-Milieu et Le Bois de l'Halle, situé 100 m plus haut que le village, du côté du Val de Travers et presque au sommet du Jura. Les écoliers du village, un brin moqueurs disaient de ces classes : « les environnières, tourbières et pommes de terre ».
Le Bois de l'Halle : ce nom a une histoire et semble indiquer qu'au moyen âge, des gens venaient de France voisine échanger leurs produits avec les habitants du Val de Travers. Selon l'historien cantonal, ce fait n'est cependant attesté dans aucun document, mais peut avoir été transmis par la tradition orale. De vastes abris destinés à protéger le bétail des intempéries - des halles - ont pu servir à entreposer des marchandises et du coup à servir de lieu d'échanges.
D'Oscar Huguenin à 1951
Un siècle avant moi...
Extraits:
Un siècle avant moi, une jeune institutrice fraîchement diplômée avait enseigné dans cette même école. Cécile Jeannet était originaire de Noiraigue et fille unique d'un horloger de ce village. Son histoire nous est contée par l'écrivain neuchâtelois Oscar Huguenin dans un volume de nouvelles intitulé RECITS DE CHEZ NOUS, sous ce simple titre : « Un début ». Au moment de me mettre à la rédaction de mes propres souvenirs, j'ai été très touchée de lire ce texte, agrémenté des dessins de l'auteur. Le récit n'est pas daté, mais, étant donné qu'Oscar Huguenin est décédé en 1903, on peut situer cet épisode au milieu du 19e siècle, en tous cas avant 1860, date de l'avènement du chemin de fer. Je vous en donnerai quelques bonnes feuilles par la suite.
Alors que Cécile Jeannet se rendait à pied à son école - mais oui, depuis Noiraigue, deux heures et demie de marche au bas mot et quelle grimpée ! - j'avais sur elle l'avantage des transports publics. Je descendais du train à Boveresse le dimanche soir ou le lundi matin et le chauffeur du bus, compréhensif, me déposait le plus près possible de ma destination, entre deux arrêts. Il me restait environ 800 mètres à parcourir pour atteindre mon lieu de vie et de travail.
Illustration: Dessin d'Oscar Huguenin tiré de Un début
"Cécile Jeannet faisait le bilan de sa première journée d'école."
L'école
Ce qui n'avait pas changé...
Extraits:
Ce qui n'avait pas changé, par contre, c'était l'école : Une haute maison paysanne qu'on voit de loin en débouchant sur le plateau au-dessus des Sagnettes. Cette ferme abritait l'école et la chambre de l'enseignant dans un angle du bâtiment, le reste étant dévolu aux activités d'une famille d'agriculteurs et à leur bétail. Rien n'avait changé : même perron à côté de la porte de grange et surmonté d'une cloche - c'était d'ailleurs le seul indice qui permettait de penser que, mais oui, il y avait là une école - même hall d'entrée avec des toilettes rudimentaires, même salle de classe avec ses trois fenêtres, son énorme poêle noir dont la « cavette » - une sorte de petit four - permettait de cuire des pommes en hiver, mêmes fentes au plancher grinçant par où tombaient parfois les crayons jusque dans la remise au-dessous.
Une différence majeure cependant : mes élèves n'apportaient plus leur bûche chaque matin pour chauffer la classe comme au bon vieux temps de Cécile Jeannet ; le chauffage était moderne : les briques de tourbe emballées dans du papier journal faisaient très bien l'affaire et d'ailleurs, je n'avais pas à m'en occuper : nous avons toujours eu chaud, le climat du haut plateau étant bien moins rigoureux qu'au village.
Entre le pupitre et le fourneau, une porte menait à la chambre de Cécile, ma chambre désormais: étroite avec un lit, une table, une lampe à pétrole, une chaise, une armoire. A l'autre extrémité de la pièce, un petit calorifère, le réchaud et la bouteille de gaz (un luxe que Cécile n'avait pas connu), un seau et un broc à eau que je remplissais à la pompe en bas dans la cuisine. Une porte ouvrait sur la grange et me permettait de descendre à l'étage au-dessous. L'unique fenêtre donnait sur les champs et sur la ferme des Sandoz à quelque distance. On m'avait avertie : le grand-père Sandoz s'était muni de jumelles pour zieuter la maîtresse dans ses appartements. Aussi mon premier salaire - une fois payées mes dettes de douane - fut-il consacré à l'achat de rideaux, des rideaux épais !
Vous l'aurez deviné : ce qui n'avait pas non plus changé depuis le 19 siècle, c'était l'absence totale d'éclairage dans la ferme et donc dans l'école. Toutes les autres maisons étaient connectées au réseau électrique, sauf celle-là. Comprenne qui pourra ! Donc, j'ai dû apprendre à allumer ma lampe à pétrole, régler la flamme, nettoyer le tube de verre et prendre garde au feu... Dans la classe, par contre, pas l'ombre d'une chandelle ou d'une lampe, néant !
Faute d'éclairage, mais aussi à cause des distances parcourues par certains élèves, l'école ne commençait pas avant le jour en hiver et se terminait de bonne heure. A midi, une pause permettait aux enfants d'avaler une soupe chaude à l'étage au-dessous, de manger leurs tartines à même leurs pupitres d'écoliers, puis de s'ébattre un moment sous les sapins. Je me vois encore sur le perron, m'apprêtant à sonner la reprise des leçons, lorsqu'un garçon me crie de là-bas sous un arbre : « Maîtresse, vous êtes belle... de loin ! »
Vu la brièveté de la pause de midi, aucun élève ne rentrait à la maison. Quant à la maîtresse, elle avait l'avantage de pouvoir allumer le gaz sous sa casserole entre deux paragraphes de grammaire et d'être alertée instantanément lorsque son dîner brûlait...
Au 19e siècle et partout à la montagne, l'école ne fonctionnait que l'hiver, les enfants étant occupés aux travaux ces champs pendant la belle saison. Je présume, sans en être sûre, que les enseignants n'étaient aussi payés que six mois par année. Cécile Jeannet, comme moi plus tard, avait remplacé un collègue au pied levé. Le premier novembre, date du début de l'année scolaire, le père Vuille-Bille, l'ancien régent, ne s'était pas présenté à son école. Cet homme déjà âgé, incompétent et de surcroît, plutôt porté sur l'eau-de-vie de gentiane, était décédé trois jours auparavant. La joie des galopins, qui croyaient déjà avoir retrouvé leur liberté, avait été de courte durée.
Premier matin
L'accueil du pasteur
Extraits:
Mais revenons à mes propres débuts : figurez-vous que je n'ai aucun souvenir de ce matin d'octobre 1951. Ce que je sais, c'est que, comme du temps de Cécile Jeannet, le pasteur occupait la fonction de Président de la commission scolaire ; Monsieur le pasteur André promenait son chapeau - il ne le portait pas sur la tête - d'un bout à l'autre de la commune, faisant le tour des classes d'environs, admonestant les enfants et s'assurant que tout se passait bien. Donc il était là pour me mettre en selle et me souhaiter bonne chance. De la chance, j'en avais besoin, étant donné les mésaventures de l'institutrice que je remplaçais au pied levé. Elle avait démissionné suite au conflit qui l'opposait à une certaine famille dont les quatre filles lui faisaient des niches pendables. Excédée, elle avait rendu les armes. Ecoutez plutôt : parmi les farces concoctées par ces effrontées gamines, celle qui avait fait déborder le vase, si j'ose dire, avait consisté à mettre un bouquet d'orties dans le trou des toilettes. Vu l'absence d'éclairage, je vous laisse imaginer la surprise...
Cécile Jeannet, un siècle plus tôt, devait régenter une très nombreuse marmaille, combien d'élèves exactement, Oscar Huguenin ne le dit pas. Lorsque j'ai repris la classe du Bois de l'Halle, j'avais 20 élèves, répartis sur 8 degrés, deux ou trois à chaque niveau de l'école publique, gratuite et obligatoire. Il n'y avait, cette année-là, pas d'élève en 9e, fin de la scolarité. Quand j'ai quitté cette même classe, deux ans et demi plus tard, il n'y avait plus que 16 enfants. Après mon départ du Bois de l'Halle, il y eut encore un maître pendant quelques années, puis la classe fut fermée, faute d'élèves en suffisance. Quelques abonnements de bus coûtaient moins cher à la commune qu'une paie d'instituteur. Il ne reste de l'école que le perron et la cloche, les locaux ayant été convertis en appartement de vacances.
Une citadine à la campagne
Mon initiation à la vie paysanne
Extraits:
Je prenais soin de visiter toutes les familles de mes élèves, dont certaines habitaient très loin, Les Bans et les Charbonnières, par exemple. Si les longues marches ne me faisaient pas peur, j'étais ignorante et naïve et manquais singulièrement d'à-propos : je me souviens d'être arrivée, moi la fille de la ville, pour dire bonjour à l'heure de la traite et je me vois, assise sur une chaise dans l'écurie avec plusieurs de mes élèves qui « traisaient » comme on disait là-haut, à tour de bras. Je revois à côté de moi, un chat buvant goulûment dans un seillon de lait ; je revois, dans la cuisine, des œufs mis à couver dans le four entrouvert ; je revois encore - c'est bien la seule naissance à laquelle j'aie assisté - la venue au monde d'un chapelet de douze petits cochons... Mon initiation à l'enseignement dans une école de montagne comprenait aussi cette découverte de la vie paysanne.
J'ai ainsi réalisé combien mes élèves savaient de choses essentielles que moi, j'ignorais. Ils connaissaient les bêtes sauvages, les champignons, les plantes, celles qu'on peut grignoter et celles qui sont du poison. Je leur avais dit un jour de ne pas toucher à une certaine ombellifère, que c'était de la ciguë, une plante toxique ! « Mais non, maîtresse, c'est bon, nous, on mange ça ! » Et de joindre le geste à la parole. Il arrivait ainsi souvent que c'étaient eux qui savaient et moi l'élève. Quelle belle revanche pour ces gosses que la grammaire et les maths rebutaient souvent.
Il en allait de même lorsqu'en hiver, ils organisaient une piste de descente à skis derrière l'école - avec un tremplin, s'il vous plaît - et qu'ils n'avaient de repos que je n'aie fait une descente - « Attention, voilà la maîtresse ! » -descente qui se terminait en culbute spectaculaire, à la grande joie de mes élèves, des as à ski !
Je pense que ce genre de situation rétablissait entre eux et moi un certain équilibre, faut-il dire une certaine justice ? En tous cas, je n'ai pas souvenir de problèmes graves dans ma classe. Il faut dire que les enfants ayant marché 30 minutes, voire une heure et par tous les temps, pour venir à l'école, ils étaient fatigués en arrivant. Les plus grands avaient même trait leurs vaches avant de se mettre en route.
A cette époque, les enfants, c'était de la main-d'œuvre pour les familles paysannes... Je ne veux pas dire par là qu'ils étaient exploités, mais ils contribuaient certainement, par leur travail, à la prospérité de l'entreprise et je pense que cela devait leur donner très tôt une certaine fierté, le sentiment de leur valeur, de leur dignité. En tous cas, ces gosses-là n'avaient pas le temps, encore moins l'occasion de faire des bêtises... !
Une classe à huit niveaux
C'était un vrai casse-tête...
Extraits:
Organiser le travail d'une classe avec huit niveaux différents, c'était un vrai casse-tête et je passais mes soirées, sous la lampe, à préparer les leçons du lendemain. J'avais à disposition la bonne volonté des plus grands pour aider les petits, là aussi, cela les mettait en valeur ; je pouvais enseigner la géographie ou l'instruction civique à plusieurs groupes en même temps, les leçons de lecture permettaient des regroupements, etc. Les enfants devaient apprendre l'autonomie dans le travail et je leur préparais des pages à faire seuls. Pas d'ordinateur à l'époque, même pas une photocopieuse, faute de courant ! J'utilisais un procédé appelé « hectographe » (ce qui veut dire 100 copies ou pages). C'était une espèce de bassin rectangulaire en métal, du format d'une feuille A4. On y versait une sorte de gélatine qu'on avait fait fondre au bain-marie. Avec des stencils ad hoc, on pouvait tirer de nombreuses pages, mais c'était un travail délicat et qui salissait les doigts...
Je me souviens des caisses de livres que je faisais venir d'une bibliothèque et que le facteur m'apportait. Des livres : c'était pour ces enfants l'ouverture au monde - la TV n'existait pas encore, les journaux étaient rares et on voyageait peu.
Les plus beaux moments dans la classe étaient ceux qui réunissaient tous les enfants autour d'un thème commun, soit le matin en attendant qu'il fasse vraiment assez clair, soit en fin de journée. On chantait beaucoup, on jouait de la flûte, je leur lisais ou leur racontait des histoires. Je vous assure qu'ils n'étaient pas blasés, mes élèves et qu'une image, un poème - surtout s'il n'était pas exigé qu'ils l'apprennent par cœur - c'était du bonheur. Je faisais la prière devant la classe tous les matins et cela ne m'a jamais été reproché. Je pense que ce bref instant de recueillement donnait le ton pour la journée. Cécile Jeannet faisait de même devant les galopins du siècle précédent.
Découragements et marche à pied
Quand un coup de fil n'était pas si facile..
Extraits:
J'ai connu des moments d'intense découragement où je me disais que jamais je n'y arriverais. Monsieur André, le président de la commission scolaire avait pour habitude, chaque fin d'année, de calculer la moyenne de réussite aux fameux examens de chacune des classes de la commune ; il colportait ces résultats lors de ses tournées et ma classe arrivait en dernier. Un certain jour, je décidai que, vraiment, l'enseignement n'était pas pour moi, je m'étais fourvoyée dans ce métier et j'allais dire à l'inspecteur que je posais les plaques. Pour cela, il fallait aller au village lui téléphoner, à ce monsieur. Donc, après 40 minutes de marche à travers les pâtures, j'arrive à la poste. Hélas, Monsieur l'inspecteur de l'école publique, gratuite et obligatoire n'était pas atteignable. Donc, j'ai refait la marche en sens inverse, repris courage et continué à enseigner...
Bien m'en a pris, car ce métier-là, je l'ai aimé par la suite et je n'ai plus jamais eu envie d'en changer ! Je peux affirmer que les enfants m'ont beaucoup donné, beaucoup appris, ils ont enrichi ma vie. Je ne serais pas la personne que je suis si j'avais fait autre chose... Je me croyais, à 20 ans, totalement dépourvue d'imagination et de créativité. Les enfants n'en manquaient pas et ce sont eux qui ont éveillé en moi quelque chose de latent qui ne demandait qu'à germer, qui était là comme une graine qui attend son heure.
Ce n'était pas seulement pour téléphoner qu'il fallait aller au village, mais aussi pour chercher ma paie. Pour des raisons qui m'ont toujours échappé, l'administration communale ne voulait pas la confier au facteur. Comprenez-vous pourquoi je suis devenue adepte de la marche ?
Le vendredi en fin d'après-midi, je rentrais chez mes parents, car le samedi était déjà, à cette époque, un jour de congé. Ah, ce retour au bercail : c'est vraiment ça qui m'a aidée à tenir le coup. Quand il faisait beau, je descendais parfois jusqu'à Boveresse à pied ou à ski ou encore sur Couvet par le chemin que Cécile Jeannet empruntait jusqu'à Noiraigue, cent ans plus tôt. Une fois assise dans le train, c'était le choc : tout à coup, je réalisais que j'empestais l'écurie, j'étais imprégnée de cette honnête odeur paysanne qui ne m'avait pas gênée de toute la semaine. Ah, mes amis, la douche à Neuchâtel, le shampoing, la lessive et le linge frais, les bons repas et ces délicieux restes que j'emportais comme un viatique pour la semaine suivante.
L'électricité, enfin!
Je me suis battue...
Extraits:
Vous pensez bien que je me suis battue pour que la dernière école du canton à ne pas être éclairée à l'électricité sorte enfin de sa pénombre moyenâgeuse : lettre ouverte à la Feuille d'Avis, supplique au conseil d'Etat, j'ai tout essayé. Finalement, deux ans après mon arrivée, à la rentrée scolaire et juste avant l'hiver, nous étions raccordés au réseau et j'ai pu mettre ma lampe au musée. L'entrefilet suivant a paru dans la Feuille d'Avis du 16 septembre 1953 :
"LA BREVINE
L'électricité a été installée à l'école du Bois-de-l'Halle
Une ère nouvelle s'ouvre pour la petite école du Bois-de-l'Halle, perdue au milieu des forêts et des pâturages. En effet, on vient - enfin - d'y installer la lumière électrique. Institutrice et écoliers peuvent affronter avec plus de sérénité l'hiver qui approche. Point n'est besoin, désormais, de s'occuper de calcul mental et de récitation alors que le givre obscurcit les carreaux et que le jour est lent à venir, ni d'écourter la leçon de couture faute d'une clarté suffisante.
Le magnifique éclairage dont on les a gratifiés fait l'admiration des écoliers et remplit d'aise leur maîtresse qui avait attendu cet événement avec l'impatience que l'on devine."
Après deux ans et demi - dont trois hivers - dans ce rude pays, j'ai ressenti le besoin de voir autre chose, de quitter cette solitude et surtout d'enseigner dans une classe à un seul niveau, n'importe lequel, puisque maintenant, je connaissais tous les programmes. C'est alors, au printemps 1954, que j'ai quitté le haut plateau pour enseigner au Val-de-Ruz. Une page se tournait...