Souvenirs d'été

A la Belle Epoque

A près de 80 ans, Daniel-Albert Chable (1901-1985), un Neuchâtelois qui a émigré en Australie en 1924 rédige, à l'intention de ses fils, un récit de 34 pages manuscrites intitulé Mes souvenirs d'enfance. Pour en faciliter la compréhension, il traduit parfois, entre parenthèse, un terme en anglais. Le père de D.-A. Chable étant décédé en 1912, les récits qui suivent se situent entre 1905 et 1912. 

Alors que les pères poursuivent leurs activités professionnelles, les épouses et les enfants passent une grande partie de l'été à la campagne ou à la montagne où les maris les rejoignent en général le soir. Certaines familles possèdent des propriétés à Chaumont, au Val-de-Travers ou sur les hauts du Val-de-Ruz, d'autres, comme la famille Chable, passent une partie de l'été dans un "hôtel-pension de famille".

cf. nos Dossiers: Les lieux de mémoires, les images / Esquisses et souvenirs de D.-A. Chable.

Des vacances "locales"

A l'Hôtel-Pension de famille de Cottendart

Alors que les pères poursuivent leurs activités professionnelles, les épouses et les enfants passent une grande partie de l'été à la campagne ou à la montagne où les maris les rejoignent en général le soir. Certaines familles possèdent des propriétés à Chaumont, au Val-de-Travers ou sur les hauts du Val-de-Ruz, d'autres, comme la famille Chable, passent une partie de l'été dans un "hôtel-pension de famille".

Extrait:

En été, nous allions aussi au-dessus de Colombier, Cottendart, qui était un ancien manoir (manor) transformé en hôtel-pension de famille. Nous y montions aussi en voiture à travers la forêt. Comme c'était à une heure de marche de Colombier, papa qui devait rester à la pharmacie, montait le soir après le souper et descendait à minuit à Colombier.

Il y avait à Cottendart aussi une grande ferme appartenant à l'hôtel-pension et c'est là, je crois, que j'ai commencé à aimer l'agriculture (?). Le propriétaire de l'hôtel et de la ferme avait beaucoup de vaches, de chevaux et un taureau enfermé dans une écurie sombre et qui nous faisait peur.

Le matin, M. Montandon, le propriétaire envoyait un de ses ouvriers couper de l'herbe pour les vaches. Alors, j'allais avec lui assis dans le char à herbe, tiré par un cheval. Fritz, l'ouvrier, fauchait à la main la haute herbe encore mouillée de rosée (dew) et l'entassait avec une fourche en bois dans le char. Quand le char était plein, je m'asseyais à côté de lui sur l'herbe froide et parfumée de fleurs. Nous passions sous une allée de cerisiers (cherrytree) chargés de grosses cerises noires que je pouvais cueillir en passant.

Je me souviens quand M. Montandon acheta une sonnerie de cloches pour ses vaches (bells). Les grandes cloches étaient pour les vaches et les petites pour les génisses. Chaque cloche était suspendue au cou de la vache avec une large courroie (belt) de cuir. Ces cloches étaient apportées par des marchands de cloches qui venaient de la France à travers le Jura. Ces hommes portaient sur leur habit une longue chemise bleue comme celle que portent les Cosaques. Chaque cloche était emballée dans de la paille (straw). Les grosses étaient très lourdes avec un magnifique son grave.

Quand nous étions chez lui, M. Montandon acheta aussi une faucheuse à deux chevaux (mower). Il l'a reçue dans deux grandes caisses (boxes) en pièces séparées et je l'ai aidé à les assembler. C'était enfin une belle machine en bleu, jaune et rouge.

Devant l'hôtel, il y avait une grande pelouse où les hôtes s'asseyait pour parler ou jouer au croquet. (...)

 

 

Balades

Promenade en voiture attelée au début du XXe s.

Extrait:

Souvent, en été, pendant nos vacances, papa louait à l'Hôtel de la Couronne une voiture tirée par deux chevaux. Papa devait rester à la pharmacie pour son travail et maman, Rose-Marie, Philippe et moi allions pendant toute l'après-midi jusqu'à St.-Blaise et à Marin où nous nous arrêtions dans le jardin d'un restaurant où maman buvait du thé et nous des limonades avec des gâteaux à la crème.

Pendant le voyage, j'étais tout fier de pouvoir m'asseoir à côté du cocher (driver) et je regardais les chevaux trotter et faire caca. Les cacas tombaient dans la poussière parce que, à cette époque-là, les routes n'étaient pas encore macadamisées.

Maman s'abritait du soleil sous une ombrelle (ombrella) blanche. Elle avait une voilette (veil) devant le visage et de longs gants blancs.

 

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