Potagers et fourneaux

Bois, tourbe, briquettes

Jusque vers le milieu du XXe siècle et parfois même au-delà, avant la généralisation du chauffage central, les ménages devaient pourvoir à leurs propres besoins en combustibles. 

Comment s'en procurer pour le chauffage et la cuisine est un thème récurrent dans les récits de vies. Dans ses Mémoires (cf. aussi notre dossier Chômage d'hier), M. Roger Schlup ne manque pas d'évoquer ces activités auxquelles il a participé comme enfant, dans les années 1930, en ville de La Chaux-de-Fonds.

 

Cercles de bois et bauches de tourbe

Extrait:

La belle saison est terminée. Le potager de la cuisine et le fourneau de la chambre vont réclamer leur pitance. Le gouvernement  (les parents, ndlr) a eu recours à "Donzé combustibles". Auprès de cette dernière, j'ai souvenance que nous faisions l'acquisition de temps à autre, lorsque le bûcher se vidait par trop vite, d'un ou deux "cercles" de bois; c'était tout simplement du combustible scié, bûché, prêt à l'emploi, contenu à l'intérieur d'un cercle de fer plat, de septante centimètres de diamètre environ. Le "cercle", unité de capacité qui a disparu comme beaucoup d'autres, par exemple la "bauche". 

Avant la guerre et surtout durant celle-ci, afin de compenser le manque de charbon, il arrivait fréquemment que le "Montagnon" (habitant des Montagnes neuchâteloises, ndlr) commande à un paysan de la vallée de La Sagne ou de La Brévine, propriétaire d'une tourbière, une ou deux "bauches" de tourbe. Cette unité de volume correspondait à la contenance d'un char équipé spécialement pour le transport de ce combustible à la fois très léger, si suffisamment séché, et surtout bon marché.

Parfois, lorsque les finances le permettaient, nous achetions également un ou deux paquets de "briquettes". Conglomérat de poussier de charbon, que nous mettions parcimonieusement dans le foyer afin de maintenir dans l'entre-saisons une diffusion agréable de chaleur ou, comme disait maman, pour conserver de la "braise". Pour nos ancêtres, cela correspondait à vouloir conserver du feu, une flamme, une braise entre la fin du dîner et le souper!

Ceux qui n'ont jamais vécu dans une cuisine où siégeait un potager à bois ne comprendront pas la "tendresse" qui se dégageait de cette convivialité, de cette intimité, entre ce dernier et les humains. Très certainement suis-je un attardé, un inadapté. Peut-être que le fait d'avoir dû scier, bûcher, transporter au galetas  et redescendre ce combustible nous donnait le droit de l'apprécier davantage que le matériau étranger utilisé aujourd'hui pour nous chauffer avec la certitude d'engraisser de richissimes actionnaires.


Poêliers-fumistes

Extrait:

Une fois par année, le "poêlier-fumiste" venait offrir ses services pour regarnir de briques réfractaires et de ciment les foyers du potager et du fourneau de la chambre; ce jour-là, nous ingurgitions froid!

Les scieurs de bois de chauffage

Extrait:

Un petit métier très utile mais aussi disparu de nos jours: les "scieurs de bois de chauffage". Les paysans, propriétaires de forêts, ou les marchands de combustibles, fournissaient sur demande, en stères, le bois de chauffage nécessaire aux habitants des villes. Plusieurs petites entreprises artisanales parcouraient la Cité horlogère à la recherche de ces tas entreposés, sur les trottoirs, aux côtés des portes d'entrées des immeubles, afin d'offrir leurs services. Les entreprises les plus perfectionnées sciaient les stères en "cartelage" ou de "rondins" en morceaux de vingt ou vingt-cinq centimètres de long, suivant les désirs du client, fendaient, ou comme nous le disions alors "bûchaient" à la hache chaque élément avant de monter le tout dans les bûchers à l'aide de hottes en bois de formes spéciales, évasées vers le haut. Malheur à celui qui osait toucher des mains ou d'un regard envieux, la réserve de bois du voisin! 

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